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Je m'appelle Anna, je suis une lectrice insatiable et une perpétuelle curieuse. Je vous propose des conseils de lecture et des réflexions sur la vie, l'univers et le reste...
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Lundi 14 janvier 2008

Je m'en vais vous parler des deux premiers tomes anglais de la trilogie Soldier son de Robin Hobb, Shaman's crossing et Forest mage. J'imagine que comme pour les autres séries de Robin Hobb, les éditeurs français ont choisi de diviser chaque tome en deux, ça équivaut donc aux quatre premiers tomes en français.

J'aime beaucoup ce qu'écrit Robin Hobb en général. J'ai lu d'elle trois de ses séries de fantasy : Royal assassin (L'assassin royal), la suite, The Tawny man, parue sous le même titre en français, et la série des Liveship traders (Le vaisseau magique), ma préférée. J'ai aussi lu quelques-uns des bouquins qu'elle a écrit sous le pseudo de Megan Lindholm, dont Le dernier magicien, que j'aime beaucoup. J'attendais avec impatience sa toute nouvelle série, et je n'ai pas été déçue. Elle n'a pas détrôné dans mes préférences la série des Liveship traders, mais elle est largement à la hauteur des deux autres.

La série est racontée à la première personne par Nevare Burvelle, second fils d'un noble et destiné à devenir soldat (dans ce monde, chaque premier fils de noble doit prendre la suite de son père, le deuxième fils devient soldat, le troisième prêtre). Ils vivent dans un pays appelé Gernia, qui vient de conquérir un territoire important en faisant la guerre à des "sauvages", en tuant leur magie avec du fer. Le père de Nevare était lui-même soldat, anobli par le roi de de Gernia pour bons et loyaux services. Il apporte donc un soin particulier à l'éducation de son deuxième fils, souhaitant qu'il devienne un bon soldat, préparé à l'armée et à la guerre, car la conquête continue. Il décide un jour de confier Nevare à un de ces "sauvages", Dewara, pour qu'il améliore son éducation en apprenant qui est son ennemi. Nevare vit avec lui quelques jours étranges, et finit par atterrir dans un monde qui ressemble à celui des rêves, mais dans lequel ses actions ont des conséquences bien réelles. Nevare manque d'y mourir, et y laisse quelques plumes. Il tente d'oublier cette aventure quand il arrive à l'académie militaire, mais elle le poursuit dans ses rêves. Il commence à se poser des questions que les autres ne se posent pas, à se demander si leur conquête est vraiment légitime, à voir la beauté de la nature détruite par les villes gernianes, à voir aussi la magie du peuple des plaines.

Il y a quelques longueurs dans le deuxième tome, mais dans l'ensemble j'ai vraiment aimé ma lecture. Robin Hobb réussit une fois de plus à créer un univers et un héros intéressants, originaux, et qui nous donnent envie, tout simplement, de savoir la suite. Le troisième tome, Renegade's magic, est paru en anglais, mais pas encore en poche, je devrai attendre quelques mois. Les maisons d'édition pour la version anglaise sont Harper Voyager (anglaise) et Eos (américaine), en français c'est Pygmalion pour le grand format et J'ai lu pour la version poche.

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Lundi 7 janvier 2008

Uglies, de Scott Westerfeld, est un roman pour adolescents. L'action se situe dans un futur où tous les jeunes de 12 ans sont mis à l'écart du reste du monde jusqu'à leurs 16 ans, où ils vont subir une opération chirurgicale destinée à les rendre plus beaux, plus séduisants. L'opération change leur corps en profondeur, leur donne à tous plus ou moins la même taille, le même genre de corps et de visage, symétrique et correspondant aux canons les plus communs de la beauté. Ils peuvent alors rejoindre le reste de la société. Avant cette opération, on les appelle Uglies, les Laids, et elle les transforme en Pretties, les Beaux.

Tally a presque 16 ans, elle attend son opération avec impatience car son meilleur ami, qui a quelques mois de plus qu'elle, l'a déjà subie. Ils sont donc séparés depuis qu'on l'a emmené, le matin de ses seize ans. Elle tente de le revoir malgré l'interdiction de sortir du quartier des moins de 16 ans, et rencontre dans l'aventure une jeune fille qui a presque son âge et un tempérament rebelle. Shay lui fait comprendre petit à petit qu'elle n'est peut-être pas forcée de subir l'opération, qu'elle pourrait choisir de rester comme elle est, qu'elle n'est d'ailleurs pas aussi laide qu'on voudrait lui faire croire. Elle lui parle d'une ville dont on ne parle qu'à mots couverts, la Fumée, un endroit où les gens vivraient de manière naturelle et n'auraient jamais subi l'opération. Shay propose à Tally de fuir avec elle, de rejoindre la Fumée. Tally refuse. Shay fuit donc seule. Ce que Tally n'avait pas prévu, c'est qu'on allait lui demander des comptes - le jour de ses seize ans, alors qu'elle attend son opération, une femme glaciale, le docteur Cable, vient la voir et lui dit qu'on ne l'opérera pas si elle n'accepte pas de dire tout ce qu'elle sait sur le projet de Shay....

Ce roman a quelques défauts, je le trouve un poil trop manichéen et son message un peu évident, mais dans l'ensemble c'est tout de même une lecture agréable. Le monde se tient, les personnages sont intéressants, tout comme le discours sous-jacent sur l'uniformisation. Uglies est disponible aux éditions Pocket. Il est assez cher, mais vous devriez pouvoir le trouver en bibliothèque. Le deuxième tome, Pretties, est paru il y a quelques mois, je vous dirai ce que j'en ai pensé quand j'aurai l'occasion de le lire.

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Lundi 31 décembre 2007

Armistead Maupin est très connu pour sa série, Les chroniques de San Francisco, où il raconte l'histoire de Mary-Ann, Michael, Brian et Mona, qui vivent tous sous le toit de leur logeuse, Madame Madrigal, et parle aussi de ceux qu'ils croisent. Tous ces personnages ont un point commun : ils ne s'appuient pas vraiment sur leur famille de sang et préfèrent compter sur leurs amis. Présenté comme ça ça fait très Friends, mais en fait c'est beaucoup mieux : loin du comique à deux ronds, les personnages apprennent à vivre, avec essais et échecs. Cela dit je trouve que les tomes de cette série (il y en a 6 traduits en français et un septième qui ne l'est pas à ma connaissance) sont assez inégaux. J'imagine que ça vient de leur forme originale, parution en feuilleton dans le San Francisco Chronicle. Les bouquins d'Armistead Maupin que je préfère, ce sont les deux romans qui ne font pas partie de sa série, Maybe the moon et Une voix dans la nuit.

Cady, l'héroïne de Maybe the moon, est naine : elle a été l'être humain adulte et moteur le plus petit du monde. Elle vit à Los Angeles et aimerait vivre de sa passion, être actrice. Malheureusement pour elle, le seul rôle principal qu'elle a tourné l'a laissée dans l'ombre : elle était à l'intérieur d'une marionnette d'elfe dans un film qui a fait un carton, mais n'a été créditée au générique que comme technicienne. Ensuite, elle a eu des petits rôles dans des films d'horreur, des pièces de théâtres contemporaines, mais elle trouve de moins en moins de boulot et n'arrive pas à faire comprendre aux réalisateurs qu'ils pourraient l'engager pour jouer n'importe qui, que le scénario n'a pas besoin de prévoir une naine pour que le rôle lui convienne. C'est une histoire qui pourrait faire pleurer dans les chaumières, mais Cady garde un moral d'acier et un bon sens de l'humour, ce qui sauve le bouquin. Maybe the moon est disponible en 10/18.

Dans Une voix dans la nuit, Armistead Maupin s'amuse à brouiller les pistes entre réalité et fiction. Le narrateur, Gabriel Noone, lui ressemble comme un frère : il écrit et interprète un feuilleton radiophonique qui l'a rendu célèbre, et qui raconte l'histoire d'un groupe de personnages à San Francisco. Gabriel est affligé de ce que son compagnon appelle le syndrome des joyaux de l'éléphant : il ne peut s'empêcher d'enjoliver tout ce qui lui arrive. Sa vie s'effondre quand Jess, son compagnon, le quitte. Presque au même moment, un éditeur lui envoie l'autobiographie d'un jeune garçon nommé Pete, qui raconte son enfance cauchemardesque et finit en évoquant le bien qu'a pu lui faire l'émission de Gabriel. Celui-ci décide de lui téléphoner. Un lien étroit se noue entre eux, mais il y a des côtés étranges dans l'histoire de Pete. Gabriel est un personnage bourré de contradictions, très vite, il ne sait plus bien s'il doit se méfier, enquêter, ou se laisser ensorceler par cette relation unique. Les personnages sont intéressants, et l'intrigue pas mal du tout : ça ne vaut pas un prix Nobel de littérature, mais ça se laisse lire. Vous pourrez trouver Une voix dans la nuit en poche collection points.

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Lundi 17 décembre 2007

Ça fait très longtemps que j'avais envie de vous parler d'Orson Scott Card, presque depuis le début du blog. Mais c'est une histoire longue, et j'ai eu la flemme de l'écrire jusqu'à cette semaine, où je viens de relire un très bon bouquin de lui, Enchantement.

Je ne sais plus très bien quel est le premier roman de Card que j'ai lu - je devais avoir une quinzaine d'années, et c'était sûrement le premier tome de Terre des Origines, ou celui d'Alvin le Faiseur. Je me souviens seulement qu'il a réussi à m'embarquer dans son histoire tout de suite, que je me suis jetée sur les tomes suivants, puis sur les autres bouquins de lui que ma médiathèque possédait, et que j'ai tout lu en un temps record, de La stratégie Ender à ses recueils de nouvelles, toute heureuse d'avoir trouvé un conteur selon mon cœur.

C'était le début de l'histoire, le moment où tout est rose. Puis un jour, j'ai eu un accès internet, et j'ai été jeter un œil au site officiel d'Orson Scott Card. C'est là que j'ai appris qu'il était mormon, plutôt strict. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose en soi - contrairement aux rumeurs qui continuent à courir, l'église mormone officielle interdit la polygamie, et, du moins de loin, car je n'ai jamais rencontré de mormons en vrai, leur doctrine ne me semblait pas plus dingue que celles d'autres églises américaines. Néanmoins, je n'ai pas pu m'empêcher de faire le rapport entre son appartenance à cette église et le fait qu'un des personnages de sa série Terre des Origines, malgré son homosexualité, choisit de se marier, d'avoir des enfants avec sa femme et de ne plus toucher d'hommes. On m'a fait remarquer ensuite que c'était aussi le cas d'un personnage secondaire dans la série de Bean, série parallèle à la saga Ender. Je me sentais déjà un peu gênée aux entournures.

J'ai quand même continué de lire ce qu'il écrivait, et il écrivait beaucoup, mais je trouvais ses nouveaux romans de moins en moins bons. Et puis j'ai commencé à lire les chroniques politiques qu'il écrivait pour son site, et j'ai vraiment déchanté. Je me doutais bien qu'il n'était pas spécialement à gauche, et ça ne m'ennuyait pas, on n'a pas besoin d'être d'accord sur tout avec un auteur dont on apprécie les livres. Cependant, ces chroniques dépassaient ce que j'aurais pu imaginer : elles se faisaient parfois carrément haineuses, vitupérant contre tous ceux qui avaient l'audace de ne pas partager ses opinions sur la guerre en Irak, les relations sexuelles avant le mariage, l'homosexualité... Je crois que c'est ce qui a consommé la rupture. Je ne trouvais plus assez de plaisir dans ses nouveaux romans pour lui pardonner une attitude aussi minable.

Néanmoins, ses anciens livres sont toujours là, et ils sont toujours bons. Aujourd'hui, donc, après cette très longue parenthèse, je voulais vous parler d'Enchantement. Ivan a une dizaine d'années et vit en URSS. Ses parents tentent de fuir en Amérique, et font avec lui une étape chez un cousin dans une ferme en Ukraine. Ivan adore courir, il parcourt plusieurs kilomètres tous les jours dans les bois. Un jour, dans une étrange clairière, il croit apercevoir une femme endormie, mais un immense fossé la sépare de lui, et dans ce fossé quelque chose bouge... Il s'enfuit. Une dizaine d'années plus tard, années qu'Ivan a passées aux États-Unis, l'URSS tombe, Ivan peut donc s'il le souhaite visiter son ancien pays. Il retourne chez le cousin Marek, et décide de tenter d'exorciser son rêve enfantin en retrouvant la clairière, pensant constater qu'elle n'avait rien de magique. Pas de bol pour son esprit cartésien, la femme endormie est bel et bien là, et ce qu'il voyait bouger dans la fosse, c'était un ours gigantesque. Je vous passe les détails, mais voilà notre Ivan du vingtième siècle qui atterrit dans un petit royaume au neuvième siècle, royaume menacée par la terrible sorcière Baba Yaga.

Ce que j'aime dans ce livre, c'est avant tout le mariage entre le conte de fées traditionnel et la réalité. Ivan, bien qu'il ait sauvé la princesse, est totalement inadapté au royaume. Par un heureux hasard (il est historien) il en comprend la langue, mais son corps est un corps d'adolescent pour l'époque, il lui manque la force brute nécessaire aux travaux de la terre et surtout à la guerre, et il ne comprend rien aux interdits en cours. Il semble incapable de faire un bon mari pour la princesse, sauf si...

Si vous voulez connaître la suite, Enchantement est disponible dans la collection poins fantasy. Autre point non négligeable par rapport à la majorité de ce qu'écrit Orson Scott Card : ce n'est pas le début d'une série, c'est un bouquin qui contient son début et sa fin.

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Mardi 11 décembre 2007

Depuis le temps que Thomas Bécard en avait parlé, j'ai enfin réussi à mettre la main sur un exemplaire de Anansi Boys la semaine dernière. En général j'aime bien ce que fait Neil Gaiman, et je crois que ce roman vient de gagner une place dans les livres de lui que je préfère (avec De bons présages, écrit en collaboration avec Terry Pratchett).

Qu'est-ce que raconte Anansi Boys ? L'histoire de Gros Charlie. Gros Charlie a la trentaine, est plutôt ordinaire, maladroit et pas spécialement gros : si tout le monde l'appelle comme ça, c'est parce que son père l'avait surnommé ainsi alors qu'il avait une dizaine d'années et qu'il était un peu potelé. Or, les noms que son père donne collent à la peau de ceux qui les reçoivent, c'est comme ça. Drôle de pouvoir, n'est-ce pas ? Il faut dire que le père de Gros Charlie est un dieu, Anansi, le dieu araignée, le petit futé qui arrive toujours à rouler tout le monde. Celui-ci l'ignorait jusqu'à sa mort, où une vieille amie de la famille, présente à l'enterrement, lui dévoile le pot aux roses et l'existence de son frère, Mygal.

À partir de là, tout va de mal en pis pour Charlie. Son frère refait surface, il est plus beau, plus charmant que lui, et surtout il semble avoir hérité des pouvoirs et du tempérament de leur père : il n'est pas spécialement malveillant, il ne prend pas plaisir à faire le mal, mais il n'hésite pas à détruire ce qu'il touche si ça l'arrange. 

J'ai beaucoup aimé ce livre parce qu'il contient ce qui manquait, à mon goût, à American gods : un peu de légèreté et d'humour. On retrouve cet univers assez fou où les dieux existent réellement, mais sur un ton de comédie qui, à mon avis, lui convient beaucoup mieux. On prend vraiment plaisir à suivre Charlie sur son chemin tortueux qui commence les deux pieds bien sur terre et finit... Non, je ne vais pas vous dire où.

Si vous voulez le découvrir, Anansi Boys est disponible aux éditions Au Diable Vauvert.

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Lundi 3 décembre 2007

Depuis le temps que je parle autour de ce bouquin, je vais bien finir par vous parler de lui. Je peux déjà commencer par vous dire que je ne suis absolument pas impartiale : Daniel Pennac est un de mes auteurs préférés, ce n'est pas un secret, et j'ai adoré Chagrin d'école.

Chagrin d'école n'est pas un roman. Ce n'est pas non plus un essai au sens conventionnel du terme. C'est un petit bouquin plein de lumière, et qui parle de l'école. Daniel Pennac y raconte, entre autres, son passé de cancre (ceux qui ont lu Merci n'en seront pas surpris, un long passage y faisait allusion vers la fin) et son expérience en tant que prof de français, face à des cancres semblables en bien des aspects à ce qu'il était dans sa jeunesse. Ce n'est pas un livre bien rangé, bien ordonné, grand A petit a, on fait en permanence des voyages dans le temps, en avant, en arrière, mais ça ne donne pas le tournis. On se contente de suivre Daniel Pennac dans ce qu'il a à nous dire, d'y trouver des choses qui résonnent (quelle expérience plus communément partagée que l'école ?) et surtout beaucoup d'espoir et d'amour.

Ça va contre l'air du temps, probablement, de dire qu'une hirondelle assommée est une hirondelle à ranimer, sans se soucier de ce qu'on pourrait y gagner ou y perdre. Voilà justement ce qui rend ce livre essentiel, et voilà, sûrement, ce qui a déclenché l'ire d'Alain Finkielkraut. Quand on prend l'habitude de ne parler que des choses qui dégénèrent et des gens qui n'en vaudraient pas la peine, tomber sur ce genre de discours, forcément, ça énerve. Peut-être vaut-il mieux laisser râler les râleurs et accepter avec joie ce que ce bouquin a à nous offrir, d'autant que, cerise sur le gâteau, Chagrin d'école est très bien écrit, un vrai plaisir à lire à haute voix.

Edit le 05/12/2007 : pour lire un point de vue moins indulgent mais bien argumenté sur Chagrin d'école, filez chez Cowboy (le lien pointe sur la première partie du billet, le reste suit).

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