Qui n'a pas déjà entendu ce genre de conversation...
-Tu as lu Harry Potter ?
-Ah non, mais j'ai vu les films et ça ne m'a pas trop plu.
-Tu as vu la série Alias ?
-Non, mais j'ai lu tous les bouquins, c'est pas terrible.
Autant vous le dire tout de suite, si je m'écoutais, je m'arracherais les cheveux quand j'entends ça. Pour moi, c'est très, très clair : on ne peut pas dire qu'un livre, une série, un film, un blog, c'est la même chose. Point. Ça peut être comparable, d'accord, ça peut être basé sur la même histoire, certes ! Mais ce n'est pas la même chose. Pour une raison toute simple, tellement évidente que tout le monde l'oublie : l'histoire est importante, bien sûr, mais le support conditionne aussi beaucoup de choses.
Dans un livre, on ne voit pas les personnages ou les décors. Du coup, on peut imaginer tout ce qu'on veut. On peut coller sur la tronche du héros celle d'un ami d'enfance ou d'un béguin éphémère, et sur celle du méchant un ennemi juré. On n'entend pas non plus les voix, et là encore notre imagination doit faire tout le boulot. Autrement dit, on n'a pas du tout dans la tête la même chose que le voisin. Dans un livre, on suit son rythme. Si on veut s'enfiler cinq tomes à la suite dans la même nuit, ou au contraire s'arrêter à tous les chapitres pour mieux savourer, on peut. Un livre peut faire la longueur qu'il veut, et même varier d'un tome à l'autre quand c'est une série, alors qu'une série télé doit garder la même durée d'un épisode à l'autre et qu'un film peut difficilement faire plus de 2 ou 3 heures.
Dans un film ou une série télé, on voit les gens, on les entend aussi. Et ça joue ! Je vous avais
déjà raconté comment la voix des acteurs peut influer sur la façon dont on perçoit leur personnage, par exemple. Dans un livre, on ne retrouve pas tout à fait ça, même si dans l'idéal chaque personnage a sa façon de parler. Bref, voir et entendre fournit des références communes, mais ça peut aussi décevoir, quand on avait imaginé les personnages dans sa tête. Je ne sais pas si j'irai voir le film
Eragon, parce que j'ai vu les affiches et que ce blondinet à l'air renfrogné n'est pas du tout mon Eragon, et ce dragon à plumes (!) pas du tout ma Saphira. Dans Le Seigneur des anneaux,
ce type un peu efflanqué n'est pas l'Aragorn que j'avais dans la tête, et je voyais
Galadriel un peu plus en chair. Il faut aussi dire qu'il y a parfois des choix d'acteurs surprenants. J'adore
Alan Rickman, vraiment, c'est un de mes acteurs préférés, mais je pense tout de même qu'il est un peu trop vieux pour jouer le personnage de
Snape (Rogue en français) qui est censé avoir le même âge que les parents de Harry Potter. Les acteurs peuvent aussi mourir pendant un tournage ou entre deux films, et devoir être remplacés : je pense à Richard Harris qui jouait
Dumbledore dans Harry Potter à l'école des sorciers, je pense aussi à Gloria Foster, qui jouait
l'oracle dans les deux premiers Matrix.
Un film a une durée précise, et ne peut donc pas coller à un livre trop long. Je pense là encore à Harry Potter : les personnages du film n'ont pas la moitié du quart du commencement (un bon point à celui qui me trouve la référence) de la profondeur qu'ils ont dans les livres. Dumbledore, par exemple, n'est presque jamais drôle ou tendre envers Harry. Quant aux élèves, en dehors du trio, de Neville et de Malfoy, ce ne sont que des ombres.
Tout ça a aussi des avantages, bien sûr. Déjà, on ne trouve dans un livre que ce qu'on apporte, au niveau images et sons... Je n'avais pas imaginé les
superbes plaines du Seigneur des Anneaux, ou les
Ents (leurs voix surtout), ou
Gollum, ou
le château dans Harry Potter. Je n'avais pas non plus imaginé la musique, magnifique, (c'est Danny Elfman pour Harry Potter, non ?) et qui joue aussi sur la façon dont on perçoit l'action et les personnages. Les films peuvent réussir à nous intéresser à des passages qu'on aurait sûrement sautés dans un livre. C'est plus facile d'être épique dans une bataille ou de faire faire des acrobaties impressionnantes aux personnages en image qu'en texte : allez donc décrire le
bullet time ! Enfin, les films et les séries ont des durées limitées et des codes à eux. Par exemple, à moins de l'avoir en DVD, mais je ne considère pas que ce soit pour ça qu'une série est faite, on est bien obligé d'attendre 24h ou une semaine pour savoir la suite. Ça peut être long, c'est sûr, mais au moins on ne risque pas l'indigestion comme ça peut arriver avec les livres.
Enfin, dernier support auquel je vais m'intéresser aujourd'hui, le blog... Lui aussi à des codes et des techniques bien à lui,
ce n'est pas Ron l'infirmier qui vous dira le contraire. Dans un blog on peut se permettre plus de choses au niveau tournure, orthographe,
comparaisons, on peut coller à l'actualité puisqu'en théorie le lecteur vous lira au maximum quelques jours après que vous ayez écrit. Mais comme les lecteurs viennent régulièrement, on a tout intérêt à être intéressant tout le temps. On ne peut pas se permettre d'être chiant pendant 100 pages comme un livre peut le faire, ou pendant dix minutes comme un film peut le faire, parce que le blog repose en partie sur la fidélité des lecteurs d'un jour sur l'autre, alors qu'on peut sauter les pages d'un livre et qu'il est rare qu'on se barre d'un cinéma juste pour 10 minutes d'ennui. Ça veut aussi dire qu'en tant qu'auteur on ne peut pas facilement prendre une pause de quelques mois, fidélisation des lecteurs oblige. D'un autre côté, on a un retour immédiat : je ne vais pas téléphoner à Robin Hobb pour lui dire que tel chapitre de
L'Assassin royal m'emmerde au plus haut point, alors que si l'auteur d'un blog que j'aime d'habitude m'intéresse moins, je peux le lui dire immédiatement. Et je ne vous parle même pas des possibilités offertes par les liens ou l'insertion de musique, de vidéo...
Voilà donc en très, très gros, pourquoi un film, une série télé, un livre, un blog, ça n'est pas, ça ne peut pas être la même chose. Chaque support a ses avantages, ses inconvénients, et d'ailleurs ce qui peut être perçu comme un avantage par l'un sera un inconvénient pour l'autre. Je ne suis pas du tout contre les adaptations en tout genre : au minimum, ça a le mérite de faire naître la curiosité sur un personnage ou une histoire (je vous raconterai un jour comment j'ai connu Nestor Burma) et quand tout va bien, ça nous fait envisager l'histoire ou le personnage différemment, ce qui est souvent une bonne chose. Je veux juste dire qu'on ne peut pas faire comme si on avait lu un livre quand on on a vu un film, et vous pouvez remplacer livre et film par chacun des supports possibles.
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