Mercredi 13 décembre 2006
Quand j'étais petite, j'étais quasiment la seule de ma classe qui n'étais pas catholique. Du coup je me suis cherchée une religion sympa et originale. C'est justement à ce moment-là qu'on a appris les bases de la mythologie grecque, ça m'a bien plu. Un dieu différent pour tout, des dieux batailleurs, cabochards, ça me semblait plus logique à l'époque qu'un dieu d'amour devant un monde si fouillis. Pendant un moment, j'ai adopté l'idée comme si c'était la mienne, et je me fichais bien d'être la seule. Je faisais des libations à l'évier à chaque fois que je buvais un verre d'eau, et quand un truc désagréable m'arrivait je me demandais quel dieu j'avais pu offenser et quoi faire pour me faire pardonner (un peu comme Ulysse qui a erré parce qu'il était maudit de Posséidon, protecteur de Troie dont il avait causé la chute avec son idée du cheval). J'avais à la même époque des velléités littéraires, et j'avais déjà choisi à quel dieu je dédierais mon premier livre (Eole, le dieu des vents, et pas de mauvais esprit, c'était aux moulins à vent que je pensais, merci).
J'ai grandi. L'idée m'a de moins en moins séduite, et j'ai fini par la laisser tomber tout à fait... Enfin presque. Quand je me retrouve régulièrement dans les mêmes situations merdiques, il m'arrive de me demander à nouveau (avec un peu plus de recul, quand même) quel dieu j'ai bien pu offenser : pas seulement les dieux anciens mais aussi les modernes que j'avais créés à l'époque par nécessité.
Je peux vous dire par exemple que le dieu des files d'attente est particulièrement énervé contre moi ces temps-ci. Je ne peux pas choisir une file d'attente sans que ce soit "la mauvaise" : personne qui a oublié son moyen de paiement ou dont la carte bleue ne marche pas, personne qui n'a pas pesé ses fruits-zé-légumes et qui doit y retourner, quand ce n'est pas carrément celle où deux messieurs vont en venir aux mains pour une histoire de place dans la queue (authentique, ça s'est passé le 11 novembre). Je ne sais vraiment pas ce que j'ai fait pour lui déplaire : j'achète assez peu sur Internet (grande offense au dieu des files d'attente, furieux de ne plus nous avoir en son pouvoir !) et je suis au mieux avec sa femme, la déesse des réfrigérateurs.
Il faudrait peut-être que j'aille faire mes courses un dimanche avant Noël dans un endroit bondé pour l'apaiser. Pas sûre que ça vaille vraiment le coup...
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