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Ça fait très longtemps que j'avais envie de vous parler d'Orson Scott Card, presque depuis le début du blog. Mais c'est une histoire longue, et j'ai eu la flemme de l'écrire jusqu'à cette semaine, où je viens de relire un très bon bouquin de lui, Enchantement.
Je ne sais plus très bien quel est le premier roman de Card que j'ai lu - je devais avoir une quinzaine d'années, et c'était sûrement le premier tome de Terre des Origines, ou celui d'Alvin le Faiseur. Je me souviens seulement qu'il a réussi à m'embarquer dans son histoire tout de suite, que je me suis jetée sur les tomes suivants, puis sur les autres bouquins de lui que ma médiathèque possédait, et que j'ai tout lu en un temps record, de La stratégie Ender à ses recueils de nouvelles, toute heureuse d'avoir trouvé un conteur selon mon cœur.
C'était le début de l'histoire, le moment où tout est rose. Puis un jour, j'ai eu un accès internet, et j'ai été jeter un œil au site officiel d'Orson Scott Card. C'est là que j'ai appris qu'il était mormon, plutôt strict. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose en soi - contrairement aux rumeurs qui continuent à courir, l'église mormone officielle interdit la polygamie, et, du moins de loin, car je n'ai jamais rencontré de mormons en vrai, leur doctrine ne me semblait pas plus dingue que celles d'autres églises américaines. Néanmoins, je n'ai pas pu m'empêcher de faire le rapport entre son appartenance à cette église et le fait qu'un des personnages de sa série Terre des Origines, malgré son homosexualité, choisit de se marier, d'avoir des enfants avec sa femme et de ne plus toucher d'hommes. On m'a fait remarquer ensuite que c'était aussi le cas d'un personnage secondaire dans la série de Bean, série parallèle à la saga Ender. Je me sentais déjà un peu gênée aux entournures.
J'ai quand même continué de lire ce qu'il écrivait, et il écrivait beaucoup, mais je trouvais ses nouveaux romans de moins en moins bons. Et puis j'ai commencé à lire les chroniques politiques qu'il écrivait pour son site, et j'ai vraiment déchanté. Je me doutais bien qu'il n'était pas spécialement à gauche, et ça ne m'ennuyait pas, on n'a pas besoin d'être d'accord sur tout avec un auteur dont on apprécie les livres. Cependant, ces chroniques dépassaient ce que j'aurais pu imaginer : elles se faisaient parfois carrément haineuses, vitupérant contre tous ceux qui avaient l'audace de ne pas partager ses opinions sur la guerre en Irak, les relations sexuelles avant le mariage, l'homosexualité... Je crois que c'est ce qui a consommé la rupture. Je ne trouvais plus assez de plaisir dans ses nouveaux romans pour lui pardonner une attitude aussi minable.
Néanmoins, ses anciens livres sont toujours là, et ils sont toujours bons. Aujourd'hui, donc, après cette très longue parenthèse, je voulais vous parler d'Enchantement. Ivan a une dizaine d'années et vit en URSS. Ses parents tentent de fuir en Amérique, et font avec lui une étape chez un cousin dans une ferme en Ukraine. Ivan adore courir, il parcourt plusieurs kilomètres tous les jours dans les bois. Un jour, dans une étrange clairière, il croit apercevoir une femme endormie, mais un immense fossé la sépare de lui, et dans ce fossé quelque chose bouge... Il s'enfuit. Une dizaine d'années plus tard, années qu'Ivan a passées aux États-Unis, l'URSS tombe, Ivan peut donc s'il le souhaite visiter son ancien pays. Il retourne chez le cousin Marek, et décide de tenter d'exorciser son rêve enfantin en retrouvant la clairière, pensant constater qu'elle n'avait rien de magique. Pas de bol pour son esprit cartésien, la femme endormie est bel et bien là, et ce qu'il voyait bouger dans la fosse, c'était un ours gigantesque. Je vous passe les détails, mais voilà notre Ivan du vingtième siècle qui atterrit dans un petit royaume au neuvième siècle, royaume menacée par la terrible sorcière Baba Yaga.
Ce que j'aime dans ce livre, c'est avant tout le mariage entre le conte de fées traditionnel et la réalité. Ivan, bien qu'il ait sauvé la princesse, est totalement inadapté au royaume. Par un heureux hasard (il est historien) il en comprend la langue, mais son corps est un corps d'adolescent pour l'époque, il lui manque la force brute nécessaire aux travaux de la terre et surtout à la guerre, et il ne comprend rien aux interdits en cours. Il semble incapable de faire un bon mari pour la princesse, sauf si...
Si vous voulez connaître la suite, Enchantement est disponible dans la collection poins fantasy. Autre point non négligeable par rapport à la majorité de ce qu'écrit Orson Scott Card : ce n'est pas le début d'une série, c'est un bouquin qui contient son début et sa fin.
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