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J'ai beaucoup parlé avec des copains d'outre-atlantique des systèmes de classement des films, selon leur degré de violence, par exemple. Ça m'a donné envie de me poser sérieusement la question : devant une scène horrible, que ce soit une image, un livre ou un film, qu'est-ce qui nous fait le plus peur, qu'est-ce qui nous fait le plus horreur ?
On pourrait penser à première vue que l'horreur est liée à la scène elle-même. Un point par litre de sang, trois par membre arraché, un demi par hurlement... L'expérience nous détrompe vite, je trouve. Une quantité astronomique de sang peut n'être pas plus impressionnante que ça dans un film d'horreur ou mieux d'humour (La cité de la peur, par exemple). A l'inverse, très peu de sang peut suffire à horrifier pour de bon pourvu qu'on ne s'y attende pas, ou que la scène horrible arrive à des personnages auxquels on s'est attaché.
Même si ce n'est pas plus ma tasse de thé que ça, je peux tout à fait comprendre que voir couler l'hémoglobine puisse être très marrant dans un cadre où on s'y attend. En allant voir un film qui s'appelle Massacre à la tronçonneuse, je ne m'attends pas spécialement à ce qu'on me montre une histoire de bisounours... C'est déjà différent si je tombe sur le même film en zappant, sans le chercher, mais en sachant que je peux avoir des surprises. A l'autre bout du spectre, si je rencontre la même scène en allant voir Les Bisounours : le film, parce que le projectionniste s'est trompé de bobine, ça va me surprendre, et m'horrifier d'autant plus.
Un autre paramètre qui joue beaucoup, c'est la distance entre nous et les personnages à qui il arrive un truc affreux. Pour ceux qui connaissent la série télé Les Simpson, prenez les épisodes d'Itchy et Scratchy insérés dedans. On est vraiment dans un cadre où on se sépare de manière absolue des personnages : les personnages sont un chat et une souris, pas des humains, et surtout c'est un cartoon dans le cartoon, le dessin animé que regardent Bart et Lisa. Dans ces conditions, on ne se sent pas tellement proche d'eux et des scènes complètement atroces peuvent être au fond assez drôles. J'imagine que c'est plus ou moins la même chose pour ceux qui aiment les films d'horreur : la psychologie des personnages n'est pas plus poussée que ça, pas plus que le réalisme, on s'attend à voir couler du sang, point barre. Si en plus ça peut se teinter d'un peu d'humour (prenez le film Serial mother, par exemple) on peut arriver à des scènes qui ne font pas frémir d'un pouce, alors que dans l'absolu elles sont assez atroces. Les personnages sont si caricaturaux qu'on ne s'y identifie pas une seconde.
Au contraire, prenez un film plus réaliste, travaillez bien à rendre vos personnages attachants, et vous n'aurez pas besoin de beaucoup d'hémoglobine pour flanquer des frissons d'effroi et d'horreur à vos spectateurs, qui se sentiront associés à la scène de manière beaucoup plus forte.
Je ne parle là que de violence physique. S'il faut prendre en ligne de compte la violence psychologique, on rajoute un paramètre difficile à évaluer. Pour ceux qui l'ont vu, pensez à la fin de Kill Bill 2, tout le discours de Bill - il n'y a pas un geste brusque, pas une goutte de sang, mais c'est glaçant comme ce n'est pas permis.
Si vous ajoutez pour couronner le tout que ce que je viens de vous dire là s'applique à un point de vue d'adulte, et que les enfants, selon leur âge et leur maturité, ressentent les choses différemment, vous comprendrez pourquoi je suis bien contente de ne pas faire partie des gens qui ont à juger du degré de violence des films...
ce qui complique le tout c'est que la peur, l'angoisse, l'horreur, sont 3 choses différentes.
à vue de nez, l'angoisse est liée à quelque chose d'enfoui en nous, inconscient ou mal identifié, et va plutôt être provoquée par la suggestion, on suggère que quelque chose pourrait bien se passer (un film d'angoisse peut ses passer facilement d'effets spéciaux, moins on montre et plus c'est efficace, i.e. angoissant)
l'horreur est plutôt une réaction à ce qu'on voit/entend/perçoit/apprend , on apprend un crash, un meurtre, une catastrophe, la maladie incurable d'un proche... ou pour la fiction, ça s'applique très bien à la tragédie : on sait quasiment tout dès le début, aucun effet de surprise, mais une bonne tragédie nous broie en nous entrainant dans cette chute que rien ne peut arrêter. Est-ce que l'horreur repose sur l'empathie? je me demande.
en revanche j'ai plus de mal à définir la peur. en général on sait ce qui nous fait peur, parfois sans que la situation se soit présentée. On a peur de quelque chose qu'on se représente, la mort, la douleur, être ridiculisé, être mordu par un chien, se tromper, oublier mémé sur l'autoroute... on a peur de choses aussi bien dans lesquelles on est passif que actif, il me semble. Alors qu'est-ce qui la définit? je suppose que les psychologues ont répondu à ça depuis longtemps. Peut-être est-ce lié à un ressenti, mais chez certaines personne il est plus psychique, chez d'autre très physique. Je m'y pers un peu.
si je détaille ça, et on doit pouvoir rafiner considérablement, c'est parce que ce n'est pas par hasard que les films sotn répartis en catégories différentes, thriller (littéralement : qui fait frissonner), gore (sanglant, sale), horreur...
Et ça correspond aussi à des manières différentes de concevoir le récit et de constuire l'image, le son, le cadre.
passionnant tout ça, je ne m'étais jamais vraiment penché dessus, merci :-)
Je suis d'accord avec toi sur le principe Anna, un test de paramètres physiologique serait un très bon indicateur. Par contre, je m'attendais à voir plutôt une surnotation de la part des enfants: le fait de leur demander de noter la violence aurait pu leur faire remarquer les scènes violentes plus qu'à l'ordinaire. Bien sûr, ce n'était qu'un test sur un petit groupe d'enfants, on ne peut pas tirer de conclusion ferme sur si peu d'individus. Mais sur l'exemple de violence qui étaient montré, avec la notation en parallèle, je peux t'assurer que le spécialiste n'avait pas surnoté: on voit un type poursuivre un autre avec une batte de baseball et se mettre à le frapper. Résultat: 3,5/10 pour les enfants. Moi, j'ai pas pu regarder la scène tellement c'était violent. C'est ça qui m'a fait peur.
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