"Lis ça, tu vas voir, ça va te plaire". C'est bien pour faire plaisir que je l'ai commencé, ce bouquin. Le thème : le début de la guerre 39-45 en France. Pas ma tasse de thé a priori. Mais j'ai
été clouée dès la première page par l'écriture, le souffle de ce roman.
La première partie, Tempête en juin, raconte, par petits tableaux, l'exode de Paris en juin 1940. On suit tour à tour un écrivains célèbre et sa maîtresse, une famille de grands
bourgeois catholiques, un amoureux des arts qui se fiche des hommes, un banquier et sa danseuse, un petit couple entre deux âges dont le fils est soldat... Tous fuient Paris alors que l'armée
allemande arrive.
La deuxième partie, Dolce, se concentre sur le bourg de Bussy. L'armistice est signé, les parisiens sont rentrés chez eux et des soldats allemands occupent chaque maison, chaque ferme.
La cohabition se passe cahin caha : une jeune femme qui vivait un mariage sans amour et dont le mari est prisonnier se laisse séduire par un soldat allemand dans une maison bourgeoise, tandis que
dans une ferme un paysan pense à tuer celui qu'il héberge bien malgré lui et qui lorgne sa femme. Et toujours cette écriture, belle, précise, impitoyable.
Le bouquin s'arrête après ces deux parties. Il aurait dû y en avoir cinq, mais Irène Némirovsky était d'origine russe, et juive. Elle avait fui la révolution communiste, était installée en France
depuis longtemps, s'était convertie au catholicisme, était un écrivain réputé. Pour un œil nazi elle était toujours juive, et bolchévique potentielle puisque venant de Russie. Elle a été déportée
et tuée en 1942, son mari l'a suivie peu après. Ses deux petites filles ont été cachées et ont survécu à la guerre, et avec elles une valise qui contenait le manuscrit de leur mère.
Dans l'édition Folio,
Suite française est accompagné d'une préface qui explique cette histoire et, en annexe,
d'extraits du journal de l'auteur et de lettres à son sujet envoyées après sa capture.
Même inachevé, c'est un livre fort, très fort, qui parle de ce qui est en tout groupe humain, la lutte, comme Irène Némirovski le dit dans son journal, entre destin individuel et destin
communautaire.
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