Par un drôle de hasard, j'ai lu l'un après l'autre
Plumes d'Ange, de Martin Winckler, et
Tout est illuminé, de Jonathan Safran Foer. J'aime beaucoup ces deux auteurs. Jonathan Safran Foer,
je vous en ai déjà parlé, Martin Winckler aussi, brièvement, j'adore
La maladie de Sachs. Pourquoi je parle de hasard dans la collision de ces deux bouquins ? Parce que leurs auteurs
respectifs tentent, chacun à leur façon, de remonter le cours du temps et de raconter ce qui s'est passé avant leur venue au monde.
Martin Winckler suit la trace de son père, Abraham Ange Zafran (le vrai nom de Martin Winckler est Marc Zafran). Il a déjà parlé de lui dans
Légendes, son autre bouquin autobiographique (que je n'ai pas lu). Dans
Plumes d'Ange, Martin Winckler
raconte ses recherches sur son père, sa famille, et raconte en même temps ce qu'il trouve.
Il faut dire que Ange a dû être un sacré bonhomme. Médecin juif en Algérie, son père est mort alors qu'il était tout jeune, pendant la première guerre mondiale. Il était spécialisé dans le
traitement de la tuberculose, et a commencé à travailler avant qu'on sache la guérir. Vous imaginez la révolution que ça a dû être, ces traitements lourds et longs, chirurgicaux ou médicaux, qui
échouaient souvent, remplacés en un tour de main par quelques cachets qui marchent à tous les coups ?
Ange a dû quitter l'Algérie avec sa femme et ses deux fils, en même temps que la plupart des autres pieds-noirs. Ils se sont réfugiés un an en Israël, où ils n'ont pas réussi à s'intégrer, avant
d'arriver en France où Ange a travaillé comme généraliste.
Je ne vais pas vous raconter tout le bouquin, sachez seulement que ça m'a plu, ce fils qui en cherchant son père se cherche un peu lui-même, et que c'est écrit comme une suite de chroniques, pas
comme un roman d'un seul tenant.
En rentrant dans Tout est illuminé, on quitte le domaine des précises recherches généalogiques mâtinées d'un peu de rêve pour entrer dans celui de la folie douce sur thème de généalogie.
Le bouquin commence par un passage dans une langue si abominable que j'ai failli laisser tomber le livre dès les premières pages. On comprend vite que celui qui écrit, Sacha, est ukrainien et
parle très mal anglais. Sacha explique comment il a rencontré l'auteur, Jonathan Safran Foer, qui voulait venir en Ukraine pour rencontrer la femme qui avait sauvé la vie de son grand-père juif
pendant les massacres de la seconde guerre mondiale, une femme nommée Augustine. Le "roman", faute d'un meilleur terme, est constitué du récit de Sacha, des lettres que celui-ci envoie à Jonathan
Safran Foer et de ce que Jonathan Safran Foer écrit, une histoire impossible de sa famille, pleine de bruit et de fureur, sur je ne sais pas combien de générations, dans un shetl en Ukraine
appelé Trachimbrod.
Assez dérangeant, à certains moments, et même si je l'ai trouvé un peu inférieur, on retrouve le talent de Extremely loud et incredibly close.
Deux façons bien différentes de partir à la quête de ses origines, mais chacune a son charme.
Plumes d'Ange est disponible en Folio et Tout est illuminé en Points.
Commentaires