Voilà un bouquin que je n'aurais sans doute pas lu si on ne me l'avait pas conseillé. J'aime assez ce que j'ai lu de Nancy Huston (
L'Empreinte de l'ange, notamment), et une soprane de ma chorale, qui m'entendait en parler, m'a conseillé
Grâce et dénuement, d'Alice Ferney.
Le résumé n'a pas de quoi faire sourire. C'est l'histoire d'une famille de gitans. Angéline, la mère, règne sur ses cinq fils, ses quatre belles-filles et leurs enfants. Ils vivent dans des
caravanes dans un terrain vague, sans eau courante, sans électricité. Les gosses poussent comme ils peuvent. Un jour arrive Esther. Esther a la quarantaine, elle a sa vie, son mari, ses enfants,
mais elle ressent une envie irrépressible, celle de faire la lecture, d'offrir des histoires à ces enfants qui ont si peu.
Moi, c'est le genre de résumé qui me fait fuir. Entre l'extrême misère et la bonne samaritaine, il y a tous les ingrédients pour une soupe parfaite, non ? La soupe, c'est bon à boire, pas
terrible à lire. Mais j'avais de la place sur ma carte de bibliothèque et ma copine soprane était enthousiaste. Je l'ai emprunté. Et dévoré.
Je ne connaissais pas du tout Alice Ferney, et franchement je lui tire mon chapeau. Écrire un roman sur un sujet aussi casse-gueule et s'en sortir avec, oui, avec grâce, sans sombrer dans le
pathos ou l'angélisme, en restant en demi-teintes, comme ça, c'est quelque chose que je ne croyais pas possible. Ce roman est fait d'ombres et de lumière, comme un tableau flamand. La prochaine
fois que je passe à la bibliothèque, je file au rayon des F voir si elle en a écrit d'autres aussi bien. Grâce et dénuement est disponible en poche chez J'ai lu mais aussi chez Actes Sud
et Babel.
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