Vendredi 29 juin 2007
L'autre jour, j'ai lu dans mon Télérama qu'un documentaire sur Christophe Willem (la Tortue, le gars qui a gagné la
Nouvelle Star l'année dernière) allait passer sur W9. Je ne comptais pas le regarder, la vie privée des chanteurs m'intéresse à peu près autant que ma première couche-culotte. Mais j'ai
quand même jeté un œil à la critique. En gros la journaliste, Isabelle Poitte, s'étonnait de découvrir un personnage un peu lisse, loin de la créature fantastique, dans tous les sens du terme,
qu'elle s'était imaginée d'après les descriptions enthousiastes de ses collègues scotchés devant la Nouvelle Star.
Au fond, Isabelle Poitte a été victime du même genre de préjugé que moi. En entendant parler d'un chanteur talentueux, avec
une belle voix bien sûr mais aussi un vrai talent d'interprétation, elle a inventé un personnage imprévisible, original, tout comme j'avais imaginé Brad Pitt mauvais acteur à force de l'avoir vu
sur les devantures des maisons de la presse.
Concrètement, qu'est-ce que ça veut dire, qu'est-ce que c'est que ce fonctionnement ? Eh bien, on met les gens dans des cases, avec attributs principaux et secondaires. Exemple : pour être un
people, il faut forcément être souvent en couv' de magazine. C'est le cas de Brad Pitt. Je pense que les peoples sont souvent des gens qui vendent leur image bien plus que leur talent, parce
qu'ils en ont peu, donc l'attribut secondaire de people, pour moi, c'est pas très doué. Dans le cas de Brad Pitt, c'est faux. Pour déclencher l'enthousiasme des journalistes de Télérama, il faut
forcément qu'un chanteur soit talentueux, et Christophe Willem l'est. Mais cet enthousiasme implique souvent aussi un grain de folie, voire un bon silo à grains de folie. D'où l'étonnement
d'Isabelle Poitte de voir Christophe Willem si raisonnable. Je continue ou tout le monde a compris ?
On fonctionne tous comme ça à différents degrés, et c'est bien pratique. On peut se torturer la tête longtemps, mais je pense qu'il est relativement incontestable qu'on ne peut pas connaître quelqu'un à 100%. Heureusement d'ailleurs, quel ennui sinon... Bref, dans tous les cas, s'approcher de ce
100%, bien connaître quelqu'un, ça prend du temps, on n'a pas ce temps-là pour tout le monde, et ce n'est pas nécessaire pour tout le monde. Alors savoir quelques petites choses de chaque
personne qu'on rencontre et en déduire d'autres, ça marche la plupart du temps. Ma voisine est âgée, elle a sans doute un rythme de vie plus lent que la petite jeune d'en face. Mon boulanger aime
Florent Pagny, surtout les paroles, il n'est peut-être pas très futé. Le gars dans le métro lit Minute, il est probablement
d'extrême droite. Ma crémière aime Alan Rickman, comme moi, c'est forcément quelqu'un de cultivé et d'une
intelligence exceptionnelle (je plaisante...) Bref, vous voyez le principe.
Mais le truc, avec le vivant, c'est que ça ne se laisse pas enfermer dans ces cases. Ça dépasse, systématiquement. Il y a des vieilles dames qui escaladent des montagnes et des petites jeunes qui
vivent comme des chats. Il y a des gens qui lisent Minute pour savoir ce que pensent les racistes. Il y a des fans de Pagny intelligents et délicats, et des fans d'Alan Rickman idiots et lourd
(enfin, il parait). En généralisant comme ça, on a raison neuf fois sur dix, mais il y a toujours un original qui nous donnera tort. Les êtres humains sont semblables et prévisibles en tant que
groupe, mais infiniment divers et imprévisibles en tant qu'individus, c'est ce qui donne tout son piquant à la vie. C'est pour ça que ce n'est pas mal d'être conscient de la façon dont ça se
passe dans nos têtes pour rectifier le tir si besoin est, et transformer les "tous les.... sont ..." en "la plupart des ... sont ...".


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