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Je m'appelle Anna, je suis une lectrice insatiable et une perpétuelle curieuse. Je vous propose des conseils de lecture et des réflexions sur la vie, l'univers et le reste...
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Mercredi 30 mai 2007
Est-ce que ça dit quelque chose à quelqu'un, les débats dans le style d'Oxford ? J'adore en faire. Ce sont des débats aux règles strictes, très simples à comprendre mais pas forcément faciles à appliquer.

Il y a deux clans, l'un soutient une proposition, l'autre soutient que cette proposition est fausse. Devant ces deux clans, un public, sinon ce n'est pas drôle, et un président qui fait, en somme, l'arbitre. On commence par un orateur qui défend une proposition. Il a un temps de parole précis, ne doit pas parler plus ou moins, et il est totalement interdit que qui que ce soit lui coupe la parole, excepté le président de séance si il sort du cadre. Puis un orateur du camp adverse récuse la proposition. Il a le même temps de parole, et là encore, on ne peut pas l'interrompre. Ensuite, un orateur du premier clan prend la parole, défend à nouveau la proposition en répondant si possible aux arguments de ceux qui la récusent. Puis c'est le tour d'un deuxième orateur qui récuse la proposition. On passe enfin aux questions du public, qui doivent s'adresser à l'un ou l'autre des camps, puis chaque camp, à son tour, fait un résumé de son point de vue, et on passe au vote.

C'est terriblement balisé, très strict, personne ne peut parler quand ce n'est pas son tour et il est juste hors de question que qui que ce soit à part le président de séance interrompe celui qui parle. J'ai eu l'occasion de pratiquer ce genre de débat à très petite échelle, en cours d'anglais, et c'est une expérience que j'ai adorée.

Pour commencer, ça oblige à réfléchir sérieusement à la raison pour laquelle on est convaincu de certaines choses. Je suis pour ou contre la pilule du lendemain, les ascenseurs, la nouvelle star, d'accord, mais pourquoi ? Il va falloir que je tienne le coup x minutes sur le thème, et que je sois convaincant vis-à-vis de gens qui, eux ne sont pas convaincus ; j'ai intérêt à ne pas me planter. J'aimais aussi, paradoxalement, défendre des opinions qui n'étaient pas les miennes : ça arrive forcément, car dans un groupe on a rarement 50% de gens pour et 50% de gens contre une proposition quelle qu'elle soit. C'est plein d'enseignements, car ça oblige à se mettre à la place de gens qui pensent des choses qu'on ne pense pas, à réfléchir aux arguments qu'ils emploient, et à déjouer les contre-arguments qu'on y opposerait nous-mêmes.

Pour nous autres français bouillonnants, c'est assez dur de se priver d'interrompre quelqu'un quand on pense qu'il dit une grosse bêtise. Ça change vraiment la donne. Déjà, ça oblige à écouter son "adversaire" jusqu'au bout de son raisonnement, qui se révèle parfois moins idiot une fois terminé que juste commencé. Ça oblige aussi à prendre des notes sur ce qui se dit, et à griffonner rapidement le contre-argument de la mort qui tue, qu'on oublierait sinon dans la chaleur du débat. Ça permet à des gens peut-être timides au premier abord, qui n'oseraient pas prendre la parole de peur de se la faire couper par de plus grandes gueules qu'eux, de développer leur parole, leurs arguments, pendant tout le temps qui leur est dévolu, et ça, c'est précieux.

A présenter comme ça, on a l'impression qu'on doit mourir d'ennui en regardant ou en participant à ce genre de débats, mais c'est tout le contraire. Le cadre rigide permet aux idées de s'épanouir, d'aller au-delà du jeu de celui qui a la plus grande gueule. Il sert de tuteur à de beaux raisonnements qui y fleurissent au lieu de se faire écraser à coups de bottes en caoutchouc avant même d'avoir pu faire pousser un bouton. Les forts en gueule qui ne savent qu'aboyer sans fin le même argument s'y font très vite démonter. Surtout, c'est un débat qui tient autant dans l'écoute que dans la parole, et qui permet, si on ne change pas forcément d'avis, de mieux comprendre ceux qui pensent différemment de nous. C'est sûr, ce n'est pas aussi foutraque que ce à quoi on a l'habitude d'assister en France, et c'est aussi important, d'être foutraque, parfois. Mais je trouve quand même que ça vaut le coup, et que parfois on en aurait bien besoin ici.
publié dans : La vie, l'univers et le reste
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Vendredi 25 mai 2007
Je pense que parmi les gens qui lisent ce blog, il y en a pas mal qui fréquentent ou ont fréquenté le blog télévision télérama. C'est normal, c'est un peu là que Musarder a commencé, en ce mémorable été 2006. Ceux qui fréquentent encore le blog télé sentent bien qu'il y a du mou dans la corde à noeud : la rédaction considère sans doute que c'est de l'argent perdu de payer des journalistes à faire ce blog. Il se trouve que je ne suis pas d'accord du tout. Pour moi le blog télé est un complément indispensable au télérama papier, une petite bouffée d'oxygène quotidienne que je ne veux pas qu'on nous enlève. Si vous êtes d'accord, je crois que c'est le moment de le dire. A bon entendeur...
publié dans : De choses et d'autres
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Vendredi 25 mai 2007
    Depuis que Gaspard m'a fait découvrir Louis Sachar, je dévore joyeusement tout ce que je peux trouver de lui : c'est un auteur jeunesse que j'adore. Il vient de publier un nouveau roman : Pas à pas. On y retrouve un des héros de Le Passage, Aisselle. Du coup, forcément, petit spoiler pour ce roman-là : Aisselle est parti du camp pour jeunes délinquants du lac vert. Il se retrouve dans sa famille à Denver, trouve un petit boulot qui lui impose de creuser des trous (ce qu'il faisait déjà toute la journée au camp) tout en reprenant ses études. En parallèle, on suit l'histoire d'une jeune fille star de la chanson, Kaira. Sa vie n'est pas aussi dorée qu'on pourrait le croire, et par un concours de circonstances, elle va rencontrer Aisselle.

    A raconter comme ça on pourrait croire que le roman est vraiment cliché, mais ce n'est pas le cas. Louis Sachar évite avec brio les poncifs des histoires d'amours adolescentes comme ceux de la rencontre avec une star. Son histoire sonne vrai, réaliste, même quand elle ne l'est pas tant que ça. Je n'en attendais pas moins de lui, et c'est pour ça que Pas à pas est un bon roman jeunesse. Vous pourrez le trouver aux éditions L'école des loisirs, collection médium.
publié dans : Livres
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Jeudi 24 mai 2007
    Dans la série : des réponses sérieuses aux requêtes google. Désolée pour le titre, je commence à manquer d'inspiration.

    On me demande qui est Loussa de Casamance. C'est un personnage de roman qu'on rencontre, si je me souviens bien, dans La petite marchande de prose (troisième tome de la saga Malaussène, de Daniel Pennac, dispo en Folio). Loussa est sénégalais, et si je me souviens bien il a les yeux verts. Il a appris le chinois et le parle couramment parce que la reine Zabo le lui a demandé, et qu'il ferait tout pour elle. Ces deux-là se sont rencontrés en pleine guerre alors que leurs papas respectifs s'étripaient pour régner sur un royaume de poubelles, et ils ne se sont plus vraiment quittés après ça. Benjamin, lui, l'a rencontré au boulot, tout bêtement, dans la maison d'édition sur laquelle Zabo règne. Pour les détails, se reporter au roman.

    On me demande aussi la traduction des paroles de Asimbonanga, la chanson de Johnny Clegg. C'est approximatif, mais voilà ce que ça donne :

Nous ne l'avons pas vu
Nous n'avons pas vu Mandela
A l'endroit où il est
A l'endroit où il est prisonnier

Oh la mer est froide et le ciel est gris
Regarde au-delà de l'île vers la baie
Nous sommes tous des îles jusqu'au jour
Où nous traversons l'eau en flammes

Nous ne l'avons pas vu
Nous n'avons pas vu Mandela
A l'endroit où il est
A l'endroit où il est prisonnier

Un goéland vole par-delà la mer
Je rêve d'un silence brisé
Qui a les mots pour fermer la brèche
Entre toi et moi

Nous ne l'avons pas vu
Nous n'avons pas vu Mandela
A l'endroit où il est
A l'endroit où il est prisonnier

Steve Biko

Nous ne l'avons pas vu
Nous n'avons pas vu notre frère
A l'endroit où il est
A l'endroit où il est mort

Victoria Mxenge

Nous ne l'avons pas vu
Nous n'avons pas vu notre frère
A l'endroit où il est
A l'endroit où il est mort

Neil Agett

Hé toi !
Hé toi et aussi toi
Quand arriverons-nous à notre destination ?

Nous ne l'avons pas vu
Nous n'avons pas vu notre frère
A l'endroit où il est
A l'endroit où il est mort


    Les noms (Steve Biko, Neil Agett, Victoria Mxenge) sont ceux d'opposants à l'apartheid qui sont morts en prison, probablement assassinés. Les paroles dans leur langue d'origine sont .
publié dans : Google et compagnie
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Mercredi 23 mai 2007
    J'espère que je ne marche pas trop sur les plates-bandes d'Arbobo en partageant avec vous un de mes coups de coeur musicaux du moment : c'est un guitariste nommé Eltjo Haselhoff. Ne vous en faites pas, moi non plus je ne sais pas comment ça se prononce, mais j'adore sa musique.

    Pour ceux qui s'intéressent à la technique (les autres, sautez ce paragraphe) Eltjo est un guitariste picking : en gros, ça veut dire qu'au lieu de jouer simplement une mélodie à la guitare, corde après corde (comme le fait souvent Cabrel par exemple) il joue plusieurs cordes à la fois. Cette technique permet à un guitariste de jouer tout seul sans qu'on s'ennuie, il peut faire le rythme, la mélodie, une seconde mélodie, tout ça en même temps. A l'écoute, on a parfois l'impression qu'il y a plusieurs guitares, alors que c'est juste une guitare et un gars aux doigts véloces. Parmi les guitaristes qui ont développé cette technique du picking, on trouve Marcel Dadi et Chet Atkins.

    Eltjo Haselhoff compose et joue des musiques diverses et très belles. Il écrit des ballades magnifiques comme Snow in London, mais aussi des airs simples et enjoués comme Tumbo. Je trouve particulièrement difficile de trouver les mots pour parler musique, surtout quand la musique en question est sans paroles, alors je vous renvoie à son Myspace et à son site officiel. Si vous faites une recherche google sur lui, vous apprendrez qu'en plus d'être un excellent guitariste, il est docteur en physique : étonnant, non ?
publié dans : Musique
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Lundi 21 mai 2007
    Les habitués de ce blog se souviennent peut-être du jour où le ciel m'est tombé sur la tête, parce que j'avais appris que Des cornichons au chocolat était l'oeuvre de Philippe Labro et que Stéphanie n'existait pas. J'avais une piètre image de lui, je le voyais surtout comme monsieur RTL, mais entre autres grâce à Chiboum je me suis dit que c'était peut-être l'occasion de le découvrir comme écrivain.

    Dans les semaines qui ont suivi, j'ai emprunté à la médiathèque trois romans de lui. J'ai commencé par Quinze ans, un roman autobiographique qui raconte, donc, l'année des quinze ans de l'auteur. J'ai d'abord été rebutée par un style très ampoulé, mais j'ai fini par me laisser capter par l'histoire. Un jeune homme (l'auteur à quinze ans, donc, si vous avez bien suivi) est complètement fasciné par un garçon de sa classe et tente de rentrer dans son univers, très éloigné du sien. Le garçon est d'origine russe, aristocrate et passionné de musique. En refermant ce livre, je me suis dit que c'était un bon moment de lecture, et que j'avais bien fait de continuer.

    J'ai enchaîné sur Manuella, car je l'avais entendu dire que c'était un peu la suite des Cornichons au chocolat. Le personnage principal du roman, Manuella, ressemble en effet à Stéphanie comme une grande soeur. Elle a 17 ans, est un peu moins révoltée par ses parents et son but est la perte de son pucelage alors que Stéphanie attendait l'arrivée de ses premières règles, mais ces deux-là parlent la même langue, il n'y a pas de doute, une langue très jeune, très différente de celle du héros de Quinze ans.

    Pour finir mon tour d'horizon de l'oeuvre de Philippe Labro, j'ai emprunté un de ses romans plus récents, Tomber sept fois, se relever huit, encore un roman autobiographique mais sur une période proche de sa vie. Il y raconte sa chute dans une profonde dépression, et comment il s'en est sorti. J'y ai découvert une troisième langue, débarrassée de ce qui pouvait me gêner dans les deux précédents romans, ni trop ampoulée ni trop jeune, une langue simple et directe, et j'ai aimé ce roman.

    Je ne sais pas si vous connaissez ce conte zen : c'est l'histoire d'un paysan, dans un village. Le noble du coin se prend d'amitié pour son fils et lui offre un splendide étalon noir. Son voisin lui dit alors : tu as bien de la chance, ton fils est favorisé par ce noble et regarde cet étalon, une vraie richesse pour toi. L'homme répond : je ne sais pas si c'est une bonne chose ou une mauvaise chose. Quelques mois plus tard, alors que le fils chevauche non loin de là, l'étalon s'emballe et le fils tombe. Il a une très mauvaise fracture : il boitera toute sa vie. Le voisin retourne alors voir le père et lui dit : comme tu es sage, tu avais raison, cet étalon était une mauvaise chose puisque ton fils est boiteux à cause de lui ! L'homme répond : je ne sais pas si c'est une bonne chose ou une mauvaise chose. Deux ans plus tard, le pays part en guerre. Tous les jeunes hommes du village sont appelés comme soldats, et très peu en réchapperont, c'est sûr. Tous, sauf le fils, qui est boiteux. Alors le voisin retourne alors voir le père et lui dit : comme tu es sage, tu avais raison, cet étalon était une bonne chose pour finir, puisque grâce à lui ton fils boîte, sa vie sera épargnée. L'homme répond : je ne sais pas si c'est une bonne chose ou une mauvaise chose... On peut continuer longtemps sur ce thème-là, je voulais simplement en venir au fait : grâce à ce qui était au départ une déception, j'ai découvert des romans pas mal du tout, et un écrivain capable d'écrire dans des styles très différents. Les trois romans dont je vous ai parlé sont disponibles en Folio.
publié dans : Livres
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