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Je m'appelle Anna, je suis une lectrice insatiable et une perpétuelle curieuse. Je vous propose des conseils de lecture et des réflexions sur la vie, l'univers et le reste...
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Mercredi 15 novembre 2006
    Pas masculin féminin. Je parle aujourd'hui de genres littéraires.
    
    On a déjà abordé le sujet dans les commentaires, je suis toujours un peu mal à l'aise quand on me dit qu'on n'aime que la SF, ou qu'on déteste les policiers, parce que ces catégories sont seulement indicatives. Il y a des livres "policiers" plus proches de la littérature classique que de leurs copains policiers, il y a aussi des livres "classiques" plein de fantastique qui auraient tout à fait leur place dans la SF.

    Décréter qu'on n'aime pas un genre, ça se fait souvent après peu de lectures - or, les sous-genres sont très nombreux et très différents les uns des autres. Par exemple, dans le policier il y a l'enquête classique, type Agatha Christie ou Conan Doyle, qui en fait n'a pas grand-chose à voir avec les polars bien noirs de Daeninckx ou Jonquet, pourtant dans les bibliothèques tout ça est classé en romans policiers.

    Même chose avec la SF : le classement des bibliothèques mêle allégrement fantasy (type Tolkien) et science-fiction classique (type Asimov), pour ne citer que les genres les plus connus.

    Dans le classique, on trouve des romans légers (Bridget Jones) comme des romans historiques (Les Rois maudits), des romans de voyage (ceux de Le Clézio dont je vous parlais lundi) ou des romans poétiques, réalistes, et ainsi de suite !

    Vous me direz qu'on pourrait tenir compte des sous-catégories, en rangeant les livres sur des étagères différentes ou en collant des gommettes dessus... Il n'y aurait pas assez des couleurs de l'arc-en-ciel pour différencier tous les genres possible, sans parler de leurs mélanges, il n'y a pas tant de bons romans qui n'ont qu'un seul registre.

    A la question des sous-genres, ajoutez enfin celle du style. On peut faire de la fantasy, du polar, de l'historique d'autant de façons qu'il y a d'auteurs, sans doute même plus puisque certains auteurs prennent plaisir à brouiller les cartes et à écrire de manière différente d'un roman à l'autre.

    Voilà de quoi aboutir à un monde de romans si embrouillé qu'on ne peut pas vraiment classer chacun dans une petite case et décréter qu’on n'aimera rien de cette case-là, si ? 

    Qu'on se comprenne bien - je suis quand même d'accord avec le classement de la plupart des bibliothèques (R, RP et RSF pour romans, romans policiers et romans de science-fiction). Je propose juste qu'on n'oublie pas qu'un classement, quand on parle de fiction, est toujours un peu subjectif, il n'est qu'une indication, on ne devrait pas forcément s'arrêter à ça.
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Lundi 13 novembre 2006
    Je n'étais pas très nouvelles en dehors de la science-fiction, ce petit recueil m'a fait changer d'avis.
   
    Ce livre et moi avons une histoire. J'ai gardé très longtemps le souvenir de la voix de mon instituteur de CM2 qui nous lisait une nouvelle, Celui qui n'avait jamais vu la mer. Un jour, je devais avoir 15 ou 16 ans, en flânant dans les rayons de la bibliothèque je suis tombée sur ce livre qui contenait entre autres cette fameuse nouvelle.
   
    Je l'ai dévoré d'un bout à l'autre, et aimé comme au premier jour.
   
    Ce sont presque plus des contes que des nouvelles, pleins de rêve, de silence et d'émerveillement.
   
    8 petits moments qui nous emmènent loin du quotidien... Je n'ai pas la moindre envie de les déflorer en vous les racontant, parce que j'ai moins de talent que Le Clézio.
   
    Après ça je me suis jetée sur tout ce que j'ai pu trouvé écrit par Le Clézio, avec plus ou moins de bonheur. Là où Le chercheur d'or m'a emmenée très loin et mis de la lumière dans les yeux, La quarantaine m'a ennuyée.
   
    Je garde mon petit Folio comme un trésor...
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Lundi 6 novembre 2006
    Halloween a fait un flop cette année en France, et c'est bien dommage. Je ne plaisante qu'à moitié... J'étais déjà en train d'écrire un superbe billet expliquant que les fêtes peuvent certes s'exporter, mais sous l'influence des gens et pas celle des marchands de citrouilles, quand je me suis rendu compte que c'était affreusement bateau : tout le monde le pense. Je prends donc un contre-pied et vous vante aujourd'hui un petit roman qui parle d'Halloween.
   
    Ray Bradbury, il y a des chances pour que vous connaissiez déjà. C'est l'auteur des Chroniques martiennes ou de Farenheit 451, pour ne citer que les plus connus, un écrivain de SF très doué. L'arbre d'Halloween est un peu à part dans son oeuvre. On ne peut pas vraiment dire que ce soit de la science-fiction, plutôt du fantastique, mais pas trop effrayant. Tom Skelton et ses copains, déguisés pour Halloween, partent faire la tournée des maisons. Ils rencontrent ce soir-là un homme étrange qui va les emmener en voyage à travers l'espace et le temps avec un cerf-volant magique. Ils vont parcourir entre autres l'Egypte ancienne, l'Angleterre antique des druides, le Moyen Âge en Europe... A travers les momies, le dieu Samhaïn, les gargouilles, ils vont apprendre les différents visages de la peur et de la mort, apprivoiser leur étrangeté et leur familiarité, comprendre enfin l'esprit d'Halloween.
   
    C'est un roman très court, 150 pages à peu près dans mon édition (points virgule).
   
    Pour ceux qui voudraient fêter Halloween en retard (ou qui aiment cette ambiance, tout simplement) il y a bien sûr The nightmare before Christmas (jeu de mots sur The night before Christmas, le titre français est L'étrange Noël de mister Jack), excellent film d'animation de Tim Burton... D'ailleurs à la réflexion Corpse Bride et Edouard aux mains d'argent, du même Tim Burton, peuvent très bien faire l'affaire aussi. Évitez par contre son Charlie et la chocolaterie qui est très en dessous du roman d'origine de Roald Dahl.
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Lundi 30 octobre 2006
    Vous vous souvenez sûrement de mon amour indéfectible pour la prose de Daniel Pennac... Eh bien, c'est à lui que je dois d'avoir lu La tante Julia et le scribouillard, de Mario Vargas Llosa. Benjamin Malaussène appelle Julie tante Julia la première fois qu'il la rencontre à cause de ce roman, et une phrase tirée dudit roman est mise à l'honneur au début d'un chapitre d'un des tomes de la saga Malaussène (je pourrais chercher lequel, c'est vrai, je pourrais.)
   
    Le roman est censé être plus ou moins autobiographique, mais peu importe. Mario fait des études de droit et travaille à la radio. Il y rencontre un personnage haut en couleurs, Pedro Camacho, chargé d'écrire les feuilletons pour la radio. Celui-ci s'immerge tout entier dans ses histoires, ne vit que pour elles, ce qui nous donne des passages où on sort complètement de l'intrigue principale - l'histoire de Mario - pour entrer dans celles des feuilletons de Pedro. Mario rencontre aussi la tante Julia (ils ont vraiment un lien familial mais il me semble que c'est un peu plus compliqué que tante et neveu) et tombe amoureux d'elle.
   
    C'est un roman sud-américain, exubérant et parfois un peu brouillon à mon goût mais très agréable à lire. Il est à noter que j'ai essayé ensuite de lire d'autres ouvrages de Vargas Llosa, et que je n'en ai pas aimé un seul. C'est sans doute ce qui rend La tante Julia et le scribouillard si spécial à mes yeux. On le trouve en Folio, la couverture dont j'ai le souvenir était assez moche mais ils l'ont peut-être changée depuis.
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Lundi 23 octobre 2006
    J'avais prévu de vous parler d'un autre roman, mais ô joie, ô miracle ! Chantez mes frères ! J'ai enfin lu et apprécié un bouquin de John Irving !
   
    On se calme. M'enfin quand même, c'est un événement. Voilà des années qu'on me bassine avec John Irving, comme quoi c'est trop super top méga cool. J'ai essayé il y a un moment (deux ou trois ans) de lire Le Monde selon Garp. Le bouquin m'est tombé des mains en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire... En fidèle adepte de Daniel Pennac (les droits imprescriptibles du lecteur) je me suis donné le droit de ne pas le finir. Rebelote quelques mois plus tard avec Un enfant de la balle.
   
    Le week-end dernier à la bibliothèque il restait une place sur ma carte quand au détour d'un rayonnage j'ai vu Une prière pour Owen, du même John Irving. Je l'ai emprunté sans grande conviction, et j'ai adoré !
   
    Johnny Wheelwright, le narrateur, nous raconte une histoire extraordinaire, celle de son ami Owen Meany - je devrais plutôt dire celle de son amitié avec lui. Owen est tout petit, et il a une voix extraordinaire - haut perchée, criarde. On entend presque cette voix dans le livre : Owen "parle" en majuscules. Petite parenthèses, au début c'est un peu troublant pour les habitués du Disque-Monde où c'est la Mort qui s'exprime en majuscules ! J'ai trouvé cet effet de style formidable, on sait toujours quand Owen parle, on ne peut pas oublier que sa voix est différente. L'histoire se dévoile, petites touches par petites touches, en un va-et-vient perpétuel entre ici et maintenant (1987 au Canada) et autrefois et là-bas (aux Etats-Unis pendant l'enfance des personnages principaux). Il y a une part de fantastique, Owen se révèle plein de talents mais c'est un des aspect séduisants du livre : même si le narrateur est convaincu de la nature miraculeuse de certains évènements (pas de spoilers :-) on n'est pas tout à fait forcés de le suivre.
   
    J'essayerai d'emprunter d'autres romans de Irving dans les mois qui viennent et de vous dire ce que j'en ai pensé.
   
    Le plus gros de l'intrigue de Une prière pour Owen se déroule aux Etats-Unis pendant la guerre du Vietnam. C'est ce qui m'a décidée à vous parler aujourd'hui d'un autre roman. Je l'ai lu il y a trois semaines, il s'agit de Les deux morts de John Speidel, de Joe Haldeman, l'auteur de La Paix éternelle. Cette fois il ne s'agit pas du tout de science-fiction. On suit les parcours d'un jeune soldat et de la femme qui était sa petite amie quand il est parti au Vietnam. Un tiers du livre se déroule au Vietnam puis - attention spoiler - John Speidel, surnommé Spider, est rapatrié aux USA et soigné pour schizophrénie. A l'époque on ne connaissait pas le syndrome du stress post-traumatique.
  
    Ce roman est assez dur, vu les sujets traités on peut s'y attendre. Le style employé est assez particulier, chaque section - parfois un paragraphe, parfois plusieurs, en tout cas des unités trop courtes pour être appelées chapitres - a un titre. On en éprouve au début l'impression que l'histoire est décousue, mais ça finit par donner une unité au livre.
   
    Une prière pour Owen est paru dans la collection Points, Les deux morts de John Speidel en Folio.

    Edit le 23/10/2006 : dans les commentaires, conseils de lecture de Brendufat et d'Arbobo.
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Lundi 16 octobre 2006
    Aujourd'hui je vais vous parler d'une série de bouquins qui se passent dans un univers assez particulier : le Disque-Monde. Quand je dis série, il faut le comprendre au sens large : chaque livre contient une intrigue et se suffit à lui-même, pas la peine de les lire dans l'ordre, et on ne retrouve pas forcément les mêmes personnages. En fait le seul point commun à tous ces livres est le Disque-Monde.

    C'est de la fantasy drôle. Il est inévitable que certains d'entre vous adorent et que d'autres détestent. C'est comme ça.

    Le Disque-Monde est comme son nom l'indique un monde en forme de disque. Si on veut être un peu plus précis on peut dire que ce disque est sur le dos de 4 éléphants, eux-mêmes soutenus par une tortue. C'est un monde de fantasy, la technologie y est peu connue mais la magie abonde.

     Ce serait assez banal au fond si Terry Pratchett ne dépeignait pas un univers décalé, où la Mort est fatigué (oui, la Mort est un homme. Enfin, un squelette en robe noire avec une faux, mais mâle), où les appareils photos fonctionnent grâce à un petit démon qui peint très vite, où les sorcières manquent souvent de diplomatie et les mages de magie... L'écriture est sujette à des digressions qui me font personnellement mourir de rire et qui pourtant ne manquent parfois pas de profondeur.

    Exemple (de mémoire, ne m'engueulez pas si ce n'est pas précis) : dans la vie, il y a trois sortes de personnes. Ceux qui disent que le verre à moitié plein. Ceux qui disent qu'il est à moitié vide. Et ceux qui disent : Pardon ? PARDON ? Ça, c'est mon verre ? MON verre était plein ! ET il était plus grand !

    Si vous aimez Kaamelott, il y a des chances pour que ça vous plaise. Ce qui ne veut pas dire que vous allez détester si vous n'aimez pas Kaamelott, notez.

    C'est assez facile à trouver en bibliothèque, et c'est encore plus drôle en anglais mais exceptionnellement je ne recommande la VO qu'à ceux qui ont vraiment l'habitude de lire en anglais, sinon on manque des tas de choses (ça m'est arrivé !)

    Dernier conseil : même si ça vous plait évitez d'en lire trop à la suite, ça lasse.


    P.S : Lien vers le Disque-monde sur Wikipedia (avec une liste des titres dans l'ordre)

    P.S 2 : Terry Pratchett a aussi écrit entre autres l'excellente série des Johnny et co-écrit De bons présages avec Neil Gaiman.

    P.S 3 : Que ceux qui n'aiment ni la fantasy ni la SF se rassurent, je lis aussi des tonnes d'autres choses, soyez patients :-)
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