Quand on apprend à lire, on lit à haute voix. On ne sait pas faire autrement : on déchiffre en parlant. Et puis petit à petit, la lecture devient automatique, et un jour on se surprend à lire
dans sa tête, sans parler. La joie ! La fierté ! Lire enfin comme les grands, en privé, tout seul ! On continue à lire à haute voix quand on y est obligé, à l'école, par exemple, et le reste du
temps on se crée son petit nid de lecture dans sa tête, et on perd l'habitude de lire tout haut.
Lire est une vraie passion chez moi, et je suis très heureuse de pouvoir le faire silencieusement. Garder son jardin secret de lecture, c'est important, et puis comme ça on ne gêne personne, et
on peut aussi lire plus vite, puisqu'on peut dépasser la vitesse de la parole. Pourtant j'aime toujours autant lire à haute voix.
Lire un texte à haute voix, c'est se donner l'occasion à soi-même de le redécouvrir autrement. Obligés qu'on est de faire attention au rythme et au ton, on ne le voit pas de la même façon que
quand il arrive simplement dans nos neurones sans passer par la case voix, et c'est un plaisir. Mais lire à haute voix, c'est surtout partager. Le texte passe par le filtre de notre voix ; on
peut faire ressortir le rythme, les assonances, les allitérations, et surtout le ton et les accents. On peut mettre en valeur le texte, le mettre à distance. Le même passage, lu d'une voix
neutre, triste, joyeuse, ironique, ne sera pas le même. La même phrase, selon qu'on mette l'accent sur un mot ou sur un autre, ne sera pas la même. On donne, en même temps que les mots, notre
interprétation de ces mots, notre point de vue en filigrane. Avec les mots d'un autre, on redécouvre le plaisir du conteur. On offre à celui ou ceux qui nous écoutent un texte, mais aussi un peu
de nous-mêmes.
De l'autre côté de la lecture à haute voix, celui de l'auditeur, un plaisir sans mélange. D'abord le ravissement un peu enfantin d'être celui à qui on raconte une histoire. Et puis la joie des
sons, la musique des mots, la voix de celui qui lit, tout ça crée un enchantement bien particulier, un moment qui n'arrive qu'une fois, un cadeau qu'on nous fait et qu'on accepte, en toute
simplicité.
Dans la pratique, qu'est-ce qu'on peut lire à haute voix ou demander de se faire lire, et à qui ? Pour le qui, c'est à vous de voir, des gens proches, a priori. Pour le quoi, rien de plus simple
: n'importe quoi. Enfin, quasiment n'importe quoi, évitez quand même le dernier rapport de la cour des comptes. Mais pour le reste, chronique trouvée sur le net ou dans un journal (le Mon œil
d'
Alain Rémond dans Télérama était un vrai plaisir à lire à haute voix), critique de cinéma, poème (la poésie est faite pour être lue
à haute voix), nouvelle, début de roman pour donner envie de lire la suite, pièce de théâtre, ou même recette de pizza si vous vous sentez assez doué pour que ce soit intéressant, la seule
limite, c'est votre imagination. Si vous ne savez pas par quoi commencer, essayez le
dernier article de Brendufat, par exemple,
c'est un petit bijou.
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