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Je m'appelle Anna, je suis une lectrice insatiable et une perpétuelle curieuse. Je vous propose des conseils de lecture et des réflexions sur la vie, l'univers et le reste...
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Lundi 17 septembre 2007
Le puits des histoires perdues est le troisième tome des aventures de Thursday Next (les deux premiers sont L'affaire Jane Eyre et Délivrez-moi). Thursday travaille dans une brigade littéraire, dont le rôle est en gros de veiller sur les livres : attraper les plagieurs et ceux qui voudraient changer l'intrigue des romans. En effet, dans ce monde, les livres ont une vie propre, des personnages peuvent être kidnappés, c'est ce qui arrive à Jane Eyre dans le premier tome. Dans Le puits des histoires perdues, Thursday tente de prendre un repos bien mérité dans un petit roman policier promis à la destruction, mais la sœur d'Achéron Hadès, le méchant du premier tome, la poursuit et tente de lui faire perdre la mémoire. Ajoutez à ça un énorme complot équivalant en gros à faire une OPA hostile sur tous les livres, et la vie de Thursday est moins paisible que prévu dans ce bouquin oublié...

J'avais lu le premier tome, l'avais trouvé plutôt bof, et avait malgré tout décidé de lire celui-là qu'on me présentait comme le meilleur de la série. Ce bouquin a tout ce qu'il faudrait pour me plaire : un monde un peu loufoque et qui en plus concerne les bouquins, comme un croisement entre Douglas Adams et La bibliothécaire de Gudule... Un type capable de mettre Humpty Dumpty en grève, ou d'écrire une phrase comme "Cette semaine, on a une promotion sur les chagrins d'amour : pour un acheté, vous avez un frère cadet toxicomane sans supplément" devrait sans doute faire partie de mon panthéon personnel, mais voilà, je n'y arrive pas. Thursday ne m'intéresse pas, voilà tout, je lis ses aventures de manière bien trop détachée pour y prendre plaisir. C'est dommage, mais c'est comme ça... Pour ceux qui voudraient tenter l'aventure, les deux premiers tomes sont parus en 10/18 et le troisième est au Fleuve noir.

J'ai enchainé sur du lourd, un roman pour jeunes adultes signé Joyce-Carol Oates : Sexy. Toute l'histoire est racontée du point de vue d'un garçon de 16 ans, Darren, qui est, vous vous en seriez douté, extrêmement sexy. Il sent les regards des autres sur lui, regards de femmes, regards d'hommes, et se cache de ces regards derrière une fausse désinvolture. Un soir, après son entraînement de natation, son prof de littérature, M. Tracy, lui propose de le raccompagner chez lui. Il se montre amical envers lui, il lui propose de l'appeler par son prénom. Darren panique et fuit. Un peu plus tard, ce prof donne une mauvaise note à un des membres du club de natation, entraînant son exclusion. Ses camarades sont d'autant plus furieux qu'ils se doutent que M. Tracy est homosexuel, et l'homophobie n'est pas franchement latente chez eux. Ils décident de se venger de lui en tentant de faire croire au proviseur qu'il est pédophile, qu'il a agressé des enfants.

J'avais déjà bien aimé Nulle et grande gueule, du même auteur, qui était déjà assez peu conventionnel et traitait aussi de la rumeur. Cette fois Joyce-Carol Oates flanque un coup de pied encore plus monumental dans les tabous qui sévissent parfois dans la littérature jeunesse, et donne un peu plus dans la noirceur. Dans ce bouquin rien n'est évident, la plupart des personnages sont très nuancés et la peinture qui est faite de ce lycée et des élèves est tout simplement effrayante. Je ne le conseillerais pas à des enfants trop jeunes, mais vers la fin du collège ça devient abordable. Sexy est paru chez Gallimard, collection Scripto.
publié dans : Livres
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Jeudi 13 septembre 2007
Je suis assise dans un œuf, et je serre un volant dans mes mains. Je vois des chiffres apparaître devant mes yeux, trois, deux, j'appuie sur l'accélérateur, un, go !

Je maintiens l'accélérateur enfoncé comme une folle, et je serre les dents. Devant moi mes sept concurrents, ça ne va pas être facile. J'arrive sur une première ligne de boîtes surprise. J'arrive à en attraper une, qu'est-ce que ce sera... Chance, une pieuvre ! Je l'actionne tout de suite, et certains de mes adversaires virent au noir : je sais que leur champ de vision s'est couvert de taches, ils n'y voient plus rien et zigzaguent. J'arrive à dépasser le singe et le méchant maigre à moustaches sans problème. Premier virage, je lâche l'accélérateur, juste une seconde, et je garde les yeux fixés sur la route. Je passe.

Deuxième ligne de boîtes magiques, j'en attrape une à la volée. C'est une carapace bleue, une de celles qui va faire exploser le premier de la course et tous ceux qui sont trop près de lui. Je la lâche tout de suite, tant mieux si ça ralentit le premier ! J'appuie sur l'accélérateur, comme une dingue, et je passe comme ça deux virages pas trop abrupts. La boîte suivante est un champignon accélérateur, grâce à lui je dépasse la princesse et le méchant gros à moustaches. Celui-ci tente de me tirer dessus avec une carapace verte, mais je l'évite de justesse et je le distance.

Je rate la troisième ligne de boîtes magiques, ce n'est pas le cas de l'étrange tortue à pointes qui m'envoie une carapace rouge, une de celles qu'on ne peut pas éviter. Elle me déstabilise un court instant, mais je me reprends et la dépasse. J'attrape à mon tour une carapace rouge qui atteint le gentil maigre à moustaches et me permet de passer devant lui. La ligne d'arrivée approche, j'accélère au maximum, j'aperçois devant moi le petit champignon et le gentil gros à moustaches, si seulement la ligne était quelques mètres plus loin je pourrais les dépasser avant de l'atteindre, mais je n'y arrive pas et finis troisième. Ce n'est pas si mal, la musique n'est pas trop triste, et j'agite mes petits bras verts.

On dira ce qu'on voudra, ce n'est pas de tout repos, une partie de Mario Kart.
publié dans : Jeux vidéo
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Mercredi 12 septembre 2007
Il y a aux États-Unis des sénateurs très rétrogrades. Ils refusent le mariage homosexuel, l'avortement, prêchent pour l'abstinence sexuelle en dehors du mariage, mettent des bâtons dans les roues de ceux qui voudraient apprendre aux jeunes d'autres moyens d'éviter grossesses non désirées et MST. Je dois reconnaître que mon premier réflexe, quand j'ai appris que Larry Flint proposait de l'argent à quiconque pouvait prouver que ces sénateurs avaient une vie dissolue, ça a été de me marrer un bon coup. Bien fait pour leur tronche, à ces hypocrites. Ils ont péché, donc ils peuvent arrêter de lapider les autres, non ?

Mais à la réflexion, cette démarche me gêne un peu aux entournures. Tout simplement parce que le présupposé, c'est qu'on ne peut pas donner de leçon aux autres sur leur vie privée quand on n'a pas soi-même une vie privée impeccable... et je ne suis pas d'accord avec ça. J'ai plutôt tendance à penser que la vie privée ne regarde que ceux qui la vivent, et que personne n'a de leçons à donner là-dessus. Peu importe que le donneur de leçons respecte lui-même ces interdits ou pas, ce que chacun fait de ses fesses ne regarde que lui ou elle, tant qu'on est entre adultes consentants.

Pour être franche, ils me font un peu pitié, d'ailleurs, ces sénateurs. Ils confondent tout. Si on parle de fidélité dans le couple, par exemple, je trouverais ça abominablement triste que des conjoints soient fidèles uniquement par peur du châtiment, ou pour obéir à une loi. Quel sens ça a ? C'est tellement étriqué et déprimant de se dire qu'on peut être fidèle pour ces raisons-là et pas par amour, comme un poisson rouge qui continuerait à tourner en rond longtemps après qu'on l'ait transféré dans un aquarium carré... Je ne suis pas pour l'infidélité, je suis pour le droit à l'infidélité. Pour que ce choix reste un choix et pas une contrainte imposée de l'extérieur.

Puisque ces questions-là sont surtout posées dans un contexte religieux, j'ajoute que c'est la même chose pour la religion. Croire en une religion parce qu'on nous a soigneusement maintenu dans l'ignorance des alternatives (autres religions, agnosticisme, athéisme) ça n'a sûrement pas le même sens pour Dieu, s'il existe, que le libre choix d'une façon de croire en lui. Ou en elle. Ou en eux. Ou en rien. Je me suis férocement écharpé avec un Témoin de Jéhovah une fois sur ce sujet, parce que quand je lui demandais pourquoi je ne devrais pas donner mon sang, il n'a rien trouvé de mieux à me dire que "c'est écrit comme ça". L'obéissance aveugle, à quoi ça rime, dans ce contexte-là ?
publié dans : La vie, l'univers et le reste
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Lundi 10 septembre 2007
Après avoir adoré Talk talk (qui est maintenant paru en français, aux éditions Grasset) j'ai eu envie de lire d'autres bouquins de T.C. Boyle. Le premier sur lequel je sois tombé à la médiathèque est Le cercle des initiés.

Le narrateur, John Milk, tente de raconter tout ce qu'il sait du professeur Kinsley, que tout le monde appelle Prok, et qui étudie un sujet tabou dans les années 30 : la sexualité humaine. John le rencontre pendant ses études et tombe sous son charme. Prok l'engage pour son projet : réunir le plus possible de témoignages relatant l'histoire sexuelle des sujets, de la façon la plus objective possible. John est complètement fasciné par Prok, qui se révèle un mélange bizarre entre bourreau de travail et libertin effréné, qui ne voit la fidélité, par exemple, que comme un tabou ridicule. John s'implique complètement dans son projet, quitte à ce que sa vie personnelle y laisse des plumes.

Je n'ai pas retrouvé dans Le cercle des initiés la même force que dans Talk talk, mais ça reste un très bon roman, bien écrit, et qui plonge de manière très intéressante dans la vie d'un personnage sous influence. Il est disponible au livre de poche.

Histoire de se détendre après un roman sérieux, de la SF, et de la bonne : Poupée aux yeux morts, de Roland C. Wagner. Kerl est un naute, il revient sur Terre après avoir voyagé à une vitesse proche de la lumière. Contrairement à toute prévision, il a vieilli pendant le voyage quié tait sensé conserver sa jeunesse. Quant à Sue, la femme qu'il aimait, et qu'il a laissée sur Terre pendant son voyage, elle n'a pas pris une ride, mais s'est transformé en être désincarné, une poupée aux yeux morts qui vend son corps de manière mécanique et qui ne se souvient pas de lui. Quand Kerl est parti de la Terre, les Néopurs, des intégristes de première classe, étaient au pouvoir. A son retour, ils n'y sont plus, mais les gens ont du mal à se remettre sur leurs pieds et tentent, au lieu d'aller de l'avant, de recréer un passé de pacotille : Paris est transformé en attraction pour touristes, plus personne n'y vit vraiment. Kerl est complètement perdu lorsqu'il rencontre un extraterrestre bizarre, le fouinain, qui lui annonce que ce n'est que le début et que d'autres événements vont venir mettre en question la théorie de la rationalité, qui jusqu'ici était jugée comme la théorie fondatrice du monde. Mais est-ce la théorie qui se révèle fausse, ou le monde qui change ?

Je vous avais déjà parlé de Roland C. Wagner, c'est lui l'auteur des Futurs mystères de Paris. Ce bouquin ne fait pas partie de la série, mais il est très bon, et certains thèmes sont communs : ce qui se trame dans cet univers a des points communs avec le passé de celui de Tem. C'est de la bonne SF, assez bien écrite, cohérente, et originale. Poupée aux yeux morts est sorti chez Fleuve noir et est encore disponible dans certaines librairies et bibliothèques (autrement dit, je me suis rendu compte qu'a priori il n'était plus édité. Dommage.)
publié dans : Livres
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Mercredi 5 septembre 2007
D'habitude, je fais très peu attention à ce qui se passe autour de moi dans le métro. J'ai plutôt tendance à sortir mon bouquin ou mon lecteur mp3 et à m'abstraire de ce qui m'entoure : il y a des gens qui réagissent mal s'ils pensent qu'on les regarde ou qu'on les écoute, même si on pense à tout autre chose. Mais l'autre soir je venais de terminer l'écoute du dernier épisode du donjon de Naheulbeuk, il ne me restait que deux stations, pas la peine de sortir mon bouquin. Une dame avec ses deux petites filles, une de 3 ans et l'autre de 5, à peu près, se sont installées en face de moi. La plus petite avait l'air un peu anxieuse, elle a réfléchi un moment et a demandé à sa mère "maman, pourquoi il y avait des policiers dans le métro ? Il n'y avait pas de méchants...". La dame a répondu "mais si ma chérie, des méchants il y en a partout, c'est pour ça qu'il y avait des policiers". La grande fille a surenchéri : "oui, et même qu'ils ont des pistolets comme ça ils peuvent tirer sur les méchants". Fin de la discussion.

Certes, on ne peut pas parler à des enfants comme on le fait aux adultes, ils ne sont pas outillés pour tout entendre, tout comprendre. Mais quand même, transmettre une vision aussi simpliste du monde, ça me fait mal. Il me semble qu'on peut expliquer à un enfant que les choses sont compliquées. Que le monde ne se divise pas entre gentils et méchants. Que ce n'est pas parce qu'on a été méchant une fois qu'on restera avec l'étiquette "méchant" sur le front toute sa vie. Que personne n'est parfait. Qu'on est tous méchants à un moment ou à un autre de sa vie. Que ce qui compte c'est de s'en apercevoir et d'essayer de ne pas recommencer. Que les policiers sont là pour faire respecter la loi, et qu'eux aussi doivent la respecter.

On ne vit pas dans de la mauvaise littérature jeunesse, ou un méchant sera toujours ignoble, et un gentil toujours bon ; la réalité se peint en tons de gris, pas en noir et blanc. Qu'on ne vienne pas me dire que les enfants ne peuvent pas comprendre, les enfants sont des philosophes nés, ils se posent les questions qu'on oublie de se poser, ils ne sont pas encore habitués au monde. Les questions des enfants, ça pourrait être une occasion de se décrasser les neurones et d'essayer d'y répondre vraiment, en leur donnant des réponses adaptées à leur âge mais de vraies réponses, pas une occasion pour les formater au monde selon Disney.
publié dans : Les belles histoires de Tante Anna
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Lundi 3 septembre 2007
Ce n'est pas le tire d'un livre mais le résultat de ma moisson de livres cette semaine.

Le premier bouquin que je n'ai pas fini m'a beaucoup déçu : il s'agit de Je, François Villon, de Jean Teulé. Jean Teulé a écrit quelques bouquins que j'ai beaucoup aimés, c'est pourquoi je ne me suis pas méfiée en ouvrant celui-là, qui raconte, vous vous en doutiez, la vie de François Villon, à la première personne.

Son père est pendu à la première page, sa mère enterrée vivante peu après, et c'est au moment où on fait bouillir vivant le frère d'un de ses amis que j'ai refermé le livre... Chacun son style, c'était vraiment trop morbide pour moi. Si ça vous tente, c'est disponible chez Pocket.

Le deuxième bouquin que je n'ai pas fini est de la littérature jeunesse : ça s'appelle Les virus de l'ombre, de Hicham Charif. Un jeune garçon attrape un virus inconnu, et son ordinateur aussi... J'ai deviné la fin avant d'arriver à la moitié, et, chose rarissime, j'ai immédiatement été vérifier que je ne me trompais pas. C'était bien le cas. C'est quand même un bon bouquin de suspense pour la jeunesse (ça s'adresse plutôt aux garçons, je pense) mais pas une très bonne lecture pour un adulte. C'est paru aux éditions Le navire dans la ville.

Le premier bouquin que j'ai aimé cette semaine, je m'attendais à l'aimer : c'est le quatrième tome de Quatre filles et un jean, d'Ann Brashares : Le dernier été. J'adore cette série. On suit l'été de quatre filles qui sont amies depuis leur naissance, Tibby, Lena, Carmen et Bee. Elles passent l'été séparées pour la première fois dans le premier tome, et juste avant de partir découvrent un jean magique, qui leur va très bien à toutes les quatre, alors qu'elles ne se ressemblent pas du tout. Elle décident de faire du jean un lien entre elles, et de se le partager tout l'été. C'est de la bonne littérature jeunesse, optimiste, mais avec tous les ingrédients de la vie, tristesse, amertume et deuil compris. Le dernier tome est parfaitement à la hauteur des premiers. C'est paru chez Gallimard jeunesse.

Le deuxième bouquin que j'ai aimé cette semaine, on m'en avait parlé il y a un bon moment, et je n'avais jamais réussi à mettre la main dessus. C'est Dans les coulisses du musée, de Kate Atkinson. Ruby Lennox raconte sa vie depuis sa conception jusqu'au présent, où elle a la quarantaine. Son père vend des animaux, sa famille et elle vivent au-dessus de la boutique. Chaque chapitre est doublé par une annexe qui raconte des morceaux de l'histoire de sa famille, depuis son arrière-grand-mère jusqu'à elle. Leur histoire n'est pas très heureuse, et le point de vue est parfois féroce. L'écriture est tranchante, elle ne fait pas de concessions, mais le but n'est pas non plus de démolir les personnages - chacun, aussi minable qu'il soit, a des éclairs d'humanité, ce ne sont pas des caricatures. Dans les coulisses du musée est disponible en livre de poche.

Deux réussites pour deux échecs, une moisson honorable...
publié dans : Livres
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