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Je m'appelle Anna, je suis une lectrice insatiable et une perpétuelle curieuse. Je vous propose des conseils de lecture et des réflexions sur la vie, l'univers et le reste...
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Vendredi 25 mai 2007
    Depuis que Gaspard m'a fait découvrir Louis Sachar, je dévore joyeusement tout ce que je peux trouver de lui : c'est un auteur jeunesse que j'adore. Il vient de publier un nouveau roman : Pas à pas. On y retrouve un des héros de Le Passage, Aisselle. Du coup, forcément, petit spoiler pour ce roman-là : Aisselle est parti du camp pour jeunes délinquants du lac vert. Il se retrouve dans sa famille à Denver, trouve un petit boulot qui lui impose de creuser des trous (ce qu'il faisait déjà toute la journée au camp) tout en reprenant ses études. En parallèle, on suit l'histoire d'une jeune fille star de la chanson, Kaira. Sa vie n'est pas aussi dorée qu'on pourrait le croire, et par un concours de circonstances, elle va rencontrer Aisselle.

    A raconter comme ça on pourrait croire que le roman est vraiment cliché, mais ce n'est pas le cas. Louis Sachar évite avec brio les poncifs des histoires d'amours adolescentes comme ceux de la rencontre avec une star. Son histoire sonne vrai, réaliste, même quand elle ne l'est pas tant que ça. Je n'en attendais pas moins de lui, et c'est pour ça que Pas à pas est un bon roman jeunesse. Vous pourrez le trouver aux éditions L'école des loisirs, collection médium.
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Lundi 21 mai 2007
    Les habitués de ce blog se souviennent peut-être du jour où le ciel m'est tombé sur la tête, parce que j'avais appris que Des cornichons au chocolat était l'oeuvre de Philippe Labro et que Stéphanie n'existait pas. J'avais une piètre image de lui, je le voyais surtout comme monsieur RTL, mais entre autres grâce à Chiboum je me suis dit que c'était peut-être l'occasion de le découvrir comme écrivain.

    Dans les semaines qui ont suivi, j'ai emprunté à la médiathèque trois romans de lui. J'ai commencé par Quinze ans, un roman autobiographique qui raconte, donc, l'année des quinze ans de l'auteur. J'ai d'abord été rebutée par un style très ampoulé, mais j'ai fini par me laisser capter par l'histoire. Un jeune homme (l'auteur à quinze ans, donc, si vous avez bien suivi) est complètement fasciné par un garçon de sa classe et tente de rentrer dans son univers, très éloigné du sien. Le garçon est d'origine russe, aristocrate et passionné de musique. En refermant ce livre, je me suis dit que c'était un bon moment de lecture, et que j'avais bien fait de continuer.

    J'ai enchaîné sur Manuella, car je l'avais entendu dire que c'était un peu la suite des Cornichons au chocolat. Le personnage principal du roman, Manuella, ressemble en effet à Stéphanie comme une grande soeur. Elle a 17 ans, est un peu moins révoltée par ses parents et son but est la perte de son pucelage alors que Stéphanie attendait l'arrivée de ses premières règles, mais ces deux-là parlent la même langue, il n'y a pas de doute, une langue très jeune, très différente de celle du héros de Quinze ans.

    Pour finir mon tour d'horizon de l'oeuvre de Philippe Labro, j'ai emprunté un de ses romans plus récents, Tomber sept fois, se relever huit, encore un roman autobiographique mais sur une période proche de sa vie. Il y raconte sa chute dans une profonde dépression, et comment il s'en est sorti. J'y ai découvert une troisième langue, débarrassée de ce qui pouvait me gêner dans les deux précédents romans, ni trop ampoulée ni trop jeune, une langue simple et directe, et j'ai aimé ce roman.

    Je ne sais pas si vous connaissez ce conte zen : c'est l'histoire d'un paysan, dans un village. Le noble du coin se prend d'amitié pour son fils et lui offre un splendide étalon noir. Son voisin lui dit alors : tu as bien de la chance, ton fils est favorisé par ce noble et regarde cet étalon, une vraie richesse pour toi. L'homme répond : je ne sais pas si c'est une bonne chose ou une mauvaise chose. Quelques mois plus tard, alors que le fils chevauche non loin de là, l'étalon s'emballe et le fils tombe. Il a une très mauvaise fracture : il boitera toute sa vie. Le voisin retourne alors voir le père et lui dit : comme tu es sage, tu avais raison, cet étalon était une mauvaise chose puisque ton fils est boiteux à cause de lui ! L'homme répond : je ne sais pas si c'est une bonne chose ou une mauvaise chose. Deux ans plus tard, le pays part en guerre. Tous les jeunes hommes du village sont appelés comme soldats, et très peu en réchapperont, c'est sûr. Tous, sauf le fils, qui est boiteux. Alors le voisin retourne alors voir le père et lui dit : comme tu es sage, tu avais raison, cet étalon était une bonne chose pour finir, puisque grâce à lui ton fils boîte, sa vie sera épargnée. L'homme répond : je ne sais pas si c'est une bonne chose ou une mauvaise chose... On peut continuer longtemps sur ce thème-là, je voulais simplement en venir au fait : grâce à ce qui était au départ une déception, j'ai découvert des romans pas mal du tout, et un écrivain capable d'écrire dans des styles très différents. Les trois romans dont je vous ai parlé sont disponibles en Folio.
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Lundi 14 mai 2007

    J'imagine que vous avez déjà entendu parler de ce bouquin. C'est le prix Goncourt 2006, et il a fait un fichu scandale à cause de son sujet : la seconde guerre mondiale, côté bourreaux. Je me suis bien gardée d'avoir un avis dessus avant de le lire, et il m'a fallu un peu de temps pour mettre la main dessus : on se l'arrachait à la médiathèque que je fréquente, et comme c'est un pavé (894 pages de récit, plus les annexes) les lecteurs qui l'empruntaient le gardaient un moment. J'ai fini par le trouver fin avril, et je me suis jetée dedans.
   
    En lisant le début, j'ai presque regretté de savoir d'avance de quoi ça allait parler : les 30 premières pages sont écrites de main de maître, le narrateur dévoile peu à peu qui il est, ce qu'il a fait et pourquoi il a décidé de l'écrire. C'est tout simplement magistral, j'ai pensé que j'étais partie pour une bonne lecture... J'en ai été pour mes frais. Ensuite commence le récit des horreurs, et je me suis embourbée un peu avant la centième page, presque au sens propre, dégoûtée par le sang et la boue ukrainienne. Je ne prenais plus aucun plaisir à lire. Certaine de ne pas vouloir le lire de bout en bout, j'ai feuilleté la suite, rien ne m'a décidée à reprendre ma lecture.
   
    Je ne nie pas le talent de Littell, loin de là : Les Bienveillantes n'a pas volé son prix Goncourt. Ce qui ne veut pas dire que c'est un roman qui peut être apprécié par tous : moi, en tout cas, je n'ai pas eu envie de le finir. Je serais curieuse de connaître l'avis d'autres lecteurs. Pour ceux qui seraient intéressés, il est paru chez Gallimard.

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Vendredi 11 mai 2007

    Je vous ai déjà parlé d'un bouquin très connu de Michaël Ende, L'histoire sans fin. Aujourd'hui je vais évoquer un autre de ces romans, qui est moins connu et qui est pourtant, à mon sens, un vrai trésor. Il s'intitule Momo.
   
    Momo est une petite fille. Elle vit seule, personne ne sait d'où elle vient, mais elle a beaucoup d'amis, car Momo a une qualité irremplaçable : elle sait écouter. En lui parlant, simplement parce qu'elle écoute de tout son être, le plus malheureux découvre qu'il lui reste de la joie et de l'espoir, le plus banal dévoile une imagination insoupçonnée. Elle apporte du bonheur à tout le quartier. Mais petit à petit, les gens s'éloignent d'elle, passent moins de temps à lui parler. Ils ont reçu la visite des messieurs en gris, qui démontrent, avec des calculs savants, combien de temps ils passent à des choses "inutiles", et ils proposent à tous d'économiser ce temps. Finis les bavardages avec les clients pour le coiffeur, finies les visites aux amis, finis les jeux pour les enfants. Chacun est convaincu de faire ce qu'il faut faire, d'arrêter enfin de perdre son temps, et pourtant tous sont de plus en plus malheureux. Évidemment, les messieurs en gris sont des salauds, et Momo est, de leur point de vue, leur pire ennemie...
   
    Je ne vous en dis pas plus sur l'intrigue, c'est un livre enchanteur que vous prendrez sûrement plaisir à découvrir vous-mêmes. Au-delà d'une très belle histoire, ce roman a un vrai message à faire passer, un message que je trouve plus que jamais d'actualité. C'est assez dingue quand on pense qu'il a été écrit en 1974, il y a plus de trente ans. Le message, je pense que vous l'aurez compris sans avoir lu le livre en entier : il s'agit de voir le temps comme un ami, d'arrêter de courir en tout sens pour en gagner (ou de travailler plus pour gagner plus, si on va par là) et de profiter de celui dont on dispose. Parce que la vie est courte, et infiniment précieuse. Mais ce roman le dit bien mieux que moi. Longtemps il a été impossible à trouver, mais il a été réimprimé et est disponible au Livre de Poche. La couverture est excessivement moche, mais bon, vous pouvez la recouvrir, soyez créatifs.

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Mercredi 2 mai 2007
    Je ne sais fichtre pas pourquoi, mais on publie et on lit peu de nouvelles en France. On traite le roman comme le genre noble par excellence et la nouvelle comme un exercice, parfois profitable, mais toujours inférieur.

    Les anglo-saxons n'ont pas de ces préjugés, pour mon plus grand bonheur. En anglais, on dit short story pour nouvelle, tout simplement. La nouvelle est donc une histoire courte, c'est sa définition, et ça a des avantages évidents. Voici donc en exclusivité mondiale quelques raisons pour lesquelles j'aime les nouvelles.

    Quand on achète un recueil de nouvelles, ou qu'on l'emprunte à la bibliothèque, au lieu d'avoir accès à une seule histoire on a accès à plusieurs. Ce qui veut dire que si la première ne nous plaît pas, on peut illico passer à la deuxième : ça augmente les chances d'avoir quelque chose qui nous plaît dans un livre.

    Un roman a en général un seul auteur : les nouvelles peuvent se présenter en recueils de plusieurs auteurs, sur un même thème ou pas, on peut donc découvrir plusieurs écritures avec un seul livre.

    C'est la mode dans les pays anglo-saxons de faire des opérations du genre Enfoirés, mais en littérature, pas en musique - chaque auteur écrit une nouvelle, et cède ses droits à une oeuvre quelconque (exemple ou ). Ils ne pourraient pas facilement faire ça si chacun devait écrire 300 pages ou plus, avec quelques dizaines, par contre, c'est tout de suite plus jouable. Ça donne de bons petits bouquins, pas trop chers, avec souvent quelques nouvelles excellentes et d'autres un peu moins (une exécrable dans mon deuxième exemple, je dois dire, quand même).

    Qui n'a jamais eu l'impression qu'un roman se traînait en longueur, usait une seule idée jusqu'à la corde ? Chaque nouvelle développe une idée différente, sur maximum cent pages. L'ennui y est plus rare.

    Le roman, à force de faire long, a tendance à ne pas laisser de zones d'ombres : livre refermé, on sait tout ce qu'il y a à savoir sur l'histoire. La nouvelle, comme elle fait court, développe peu les personnages et les situations, et laisse plus souvent du grain à moudre à notre imagination quand on l'a finie.

    Enfin, une nouvelle, c'est vite lu : pour tout ceux qui perdent le fil quand ils arrêtent un roman en plein milieu, ça me paraît être une solution simple et élégante.

    Qu'on me comprenne bien, j'aime aussi les romans : on peut aimer la confiture et avoir envie de beurre de cacahuète de temps en temps.
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Lundi 23 avril 2007
    J'ai découvert Julian Barnes il y a quelques années, quand un super prof d'anglais avait eu la bonne idée de nous faire traduire un extrait de Une histoire du monde en 10 chapitres 1/2. C'est un recueil de nouvelles qui m'a immédiatement charmée, originales, drôles et bien écrites, qui m'avaient emmenée de l'arche de Noé au radeau de la Méduse, c'est pour dire. Malheureusement, j'ai enchaîné sur Love, etc qui m'a refroidie d'un seul coup : je ne sais pas pourquoi, ce triangle amoureux m'a juste paru énervant. S'en est suivie une pause de quelques années, jusqu'à la semaine dernière où, juste pour voir, j'ai décidé de redonner une chance à un roman de Julian Barnes de me séduire.

    C'est tombé sur England, England, et ça a marché. Le début est un peu déconcertant : une plongée dans les souvenirs d'enfance d'une femme, dont on ne sait pas encore quel rôle elle va jouer dans le roman. Puis on embraye sur le sujet principal du livre : un milliardaire dingue, sir Jack Pitman, décide d'acheter et de modifier l'île de Wight pour la transformer en Angleterre miniature. L'île devra regrouper tout ce qui symbolise l'Angleterre à l'étranger, pour attirer les touristes : Big Ben, famille royale, Robin des Bois... Le roman relate le projet, du début jusqu'à la fin, si on peut dire. Il est plutôt drôle, assez bien écrit. Pas un chef-d'oeuvre (préférez Extrêmement fort et incroyablement près si vous ne l'avez pas encore lu) mais quand même un bon moment de lecture.
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