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Je m'appelle Anna, je suis une lectrice insatiable et une perpétuelle curieuse. Je vous propose des conseils de lecture et des réflexions sur la vie, l'univers et le reste...
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Lundi 9 juillet 2007
La semaine dernière, j'ai pris un bouquin au hasard à la bibliothèque : Lily la tigresse, de Alona Kimhi. Je ne sais pas ce qui m'a attirée, la couleur de la couverture (violette) ou le nom (Lily la tigresse est le nom de la fille du chef indien dans Peter Pan) mais je l'ai pris et dévoré en quelques heures.

Le bouquin s'ouvre sur une scène incroyable et fichtrement bien écrite. Lily prend son bain, elle en profite pour se faire du bien et l'auteur décrit son corps. Lily est seule depuis que son fiancé a décidé qu'elle était trop grosse pour lui. Tout ce qu'elle a dans la vie, c'est son boulot d'hygiéniste dentaire et son amie, Ninouch, qui elle-même ne va pas très bien. Son compagnon actuel la bat, mais c'est sans doute le moins pire de tous ceux qui ont croisé sa route. Bref, sa vie n'est pas rose, mais elle se débrouille tout de même pour en profiter. Un soir, Lily croise la route de l'homme qui a été son premier amant, Taro, et il lui laisse un souvenir... Disons encombrant. L'intrigue y est pour beaucoup dans le plaisir qu'on peut prendre à lire ce livre, je ne vous en dis pas plus là-dessus.

La première moitié du livre, jusqu'à la rencontre avec Taro, m'a beaucoup plu. C'est bien écrit, bien mené, pas de problème. La deuxième partie, elle, m'a un peu laissée sur ma faim. Ça reste quand même un bon livre, à mon avis, et il est disponible en Folio.
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Lundi 2 juillet 2007
Stephen Fry, je le connais d'abord comme acteur. Peter dans Peter's friends, bien sûr, et son rôle dans Blackadder. C'est lui qui enregistre les Harry Potter, et The Hitchicker's guide to the galaxy, version anglaise, vu qu'il a une très belle voix. Il a dirigé un ou deux films, il me semble. Pour les détails, allez voir , et il a un site perso ici. Il est aussi écrivain. The stars tennis balls (L'île du docteur Mallo, un Monte Cristo un peu plus actuel) m'a un peu déçue, mais j'aime beaucoup The liar (Mensonges, mensonges, une histoire de mensonges alambiqués dont le plus gros se déroule dans une école anglaise) The hippopotamus (L'hippopotame, un écrivain vieillissant et alcoolo envoyé enquêter sur un miracle) et surtout Making History (l'histoire d'un jeune homme et d'un vieux professeur qui veulent changer l'histoire). Ce dernier n'est pas traduit en français, Moab is my washpot non plus, et c'est une honte.

Moab is my washpot est l'autobiographie de Stephen Fry. Je ne suis pas fan d'autobiographies en général, mais j'ai un préjugé favorable pour Stephen Fry, et puis la bestiole sur la couverture m'a fait un clin d'œil dans la librairie, so there.

Le bouquin s'ouvre sur une scène époustouflante de vérité. Stephen Fry, petit garçon, dans le train qui l'emmène à l'école comme pensionnaire pour son deuxième semestre, prend sous son aile un garçon un peu plus jeune que lui pour qui c'est la première fois, et se sent très mal quand quand des garçons plus âgés le traitent par-dessus la jambe devant lui. Je commençais déjà à me plonger dans l'histoire quand elle s'est arrêtée et que Stephen Fry a commencé à expliquer ce qu'est une agence scolastique. Puis tout le système éducatif anglais de l'époque où il était petit garçon, tout en donnant son opinion sur le dit système et sur les gens qui ont une autre opinion que lui. Puis il est reparti dans le récit d'enfance, avant son départ pour ce pensionnat. Est revenu au présent. A digressé, évoqué certains événements des centaines de pages avant de les raconter vraiment, en a profité pour parler de l'homosexualité, de la musique, d'à peu près tout. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce n'est pas une autobiographie traditionnelle. Ce n'est pas un récit linéaire de sa vie. Ce n'est pas non plus une évocation émue de ses jeunes années. C'est un cadre très peu rigide, pour un britannique, et pourtant ça tient debout, pas de problème. Je suis ressortie de Moab is my washpot avec l'impression d'avoir passé un moment à parler de la vie, de l'univers et du reste avec l'auteur, et c'était plutôt agréable. J'espère qu'il sera traduit en français un jour, mais vu le nombre d'expressions et de références typiquement britanniques, je souhaite bonne chance au traducteur... Il est disponible en anglais chez Arrow Books.
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Lundi 25 juin 2007
J'ai acheté L'ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafòn, presque par hasard dans une librairie. Il me fallait quelques livres pour partir en vacances, histoire de ne pas risquer de bousiller des bouquins de bibliothèque entre perte de bagages, sable ou crème solaire. Celui-là était un livre de poche, il était gros, et parlait de livres : il avait tout pour plaire. Je n'ai pas regretté mon achat.

L'histoire commence dans l'Espagne des années 40, alors que le narrateur, Daniel, a onze ans à peu près. Son père, libraire, l'emmène dans un lieu secret, le cimetière des livres oubliés, là où vivent tous les livres dont personne ne se souvient, pour qu'il y adopte un livre. Il choisit, presque au hasard, L'Ombre du vent, de Juliàn Carax. Le lit. Est passionné par le roman, et ne comprend pas comment on a pu l'oublier. Il apprend que tous les exemplaires ont étés achetés et brûlés par un homme mystérieux. Daniel grandit, et le jour de ses seize ans, il est abordé par un inconnu au visage masqué qui veut lui acheter son livre. Cet homme se présente sous le nom d'un personnage de L'ombre du vent, un personnage qui est le diable, dans le roman. Il refuse, et tente d'en savoir plus. Qui était ce Juliàn Carax ? Qui peut lui en vouloir au point de vouloir détruire toute trace de son œuvre ? Daniel mène l'enquête dans l'Espagne franquiste, aidé par un homme nommé Fermìn, recherché par la police et engagé à la librairie par son père.

Voilà un roman pas mal du tout, carrément passionnant et pas mal écrit. Il y a deux ou trois éléments de l'intrigue que j'ai vus venir de loin, mais il m'a quand même réservé quelques surprises, et j'ai eu du mal à le poser. Un bon moment d'aventure et de mystère. Le bouquin est disponible en Livre de poche.
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Lundi 18 juin 2007
Par un drôle de hasard, j'ai lu l'un après l'autre Plumes d'Ange, de Martin Winckler, et Tout est illuminé, de Jonathan Safran Foer. J'aime beaucoup ces deux auteurs. Jonathan Safran Foer, je vous en ai déjà parlé, Martin Winckler aussi, brièvement, j'adore La maladie de Sachs. Pourquoi je parle de hasard dans la collision de ces deux bouquins ? Parce que leurs auteurs respectifs tentent, chacun à leur façon, de remonter le cours du temps et de raconter ce qui s'est passé avant leur venue au monde.

Martin Winckler suit la trace de son père, Abraham Ange Zafran (le vrai nom de Martin Winckler est Marc Zafran). Il a déjà parlé de lui dans Légendes, son autre bouquin autobiographique (que je n'ai pas lu). Dans Plumes d'Ange, Martin Winckler raconte ses recherches sur son père, sa famille, et raconte en même temps ce qu'il trouve.

Il faut dire que Ange a dû être un sacré bonhomme. Médecin juif en Algérie, son père est mort alors qu'il était tout jeune, pendant la première guerre mondiale. Il était spécialisé dans le traitement de la tuberculose, et a commencé à travailler avant qu'on sache la guérir. Vous imaginez la révolution que ça a dû être, ces traitements lourds et longs, chirurgicaux ou médicaux, qui échouaient souvent, remplacés en un tour de main par quelques cachets qui marchent à tous les coups ?

Ange a dû quitter l'Algérie avec sa femme et ses deux fils, en même temps que la plupart des autres pieds-noirs. Ils se sont réfugiés un an en Israël, où ils n'ont pas réussi à s'intégrer, avant d'arriver en France où Ange a travaillé comme généraliste.

Je ne vais pas vous raconter tout le bouquin, sachez seulement que ça m'a plu, ce fils qui en cherchant son père se cherche un peu lui-même, et que c'est écrit comme une suite de chroniques, pas comme un roman d'un seul tenant.

En rentrant dans Tout est illuminé, on quitte le domaine des précises recherches généalogiques mâtinées d'un peu de rêve pour entrer dans celui de la folie douce sur thème de généalogie. Le bouquin commence par un passage dans une langue si abominable que j'ai failli laisser tomber le livre dès les premières pages. On comprend vite que celui qui écrit, Sacha, est ukrainien et parle très mal anglais. Sacha explique comment il a rencontré l'auteur, Jonathan Safran Foer, qui voulait venir en Ukraine pour rencontrer la femme qui avait sauvé la vie de son grand-père juif pendant les massacres de la seconde guerre mondiale, une femme nommée Augustine. Le "roman", faute d'un meilleur terme, est constitué du récit de Sacha, des lettres que celui-ci envoie à Jonathan Safran Foer et de ce que Jonathan Safran Foer écrit, une histoire impossible de sa famille, pleine de bruit et de fureur, sur je ne sais pas combien de générations, dans un shetl en Ukraine appelé Trachimbrod.

Assez dérangeant, à certains moments, et même si je l'ai trouvé un peu inférieur, on retrouve le talent de Extremely loud et incredibly close.

Deux façons bien différentes de partir à la quête de ses origines, mais chacune a son charme.

Plumes d'Ange est disponible en Folio et Tout est illuminé en Points.
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Mardi 12 juin 2007
Je ne suis pas une grande fan des refilages de patates chaudes en général, mais ce questionnaire-là porte sur la lecture et m'a été donné par Kitty. C'est parti pour le questionnaire des quatre lectures !

Quatre livres de mon enfance
La série des Charlotte Parlotte, de Michaël Bond. De supers histoires ayant pour héroïne un cochon d'Inde nommé, donc, Charlotte Parlotte.
La série des Moumine le Troll, de Tove Jansson. Histoires magiques dans un univers passionnant.
L'Auberge de l'ange gardien, de la Contesse de Ségur. Comme beaucoup de petites filles j'ai lu à peu près tout ce que la Contesse de Ségur a pu écrire, mais celui-là est un de mes préférés, tire-larmes à souhait. Deux enfants sont sauvés pendant la guerre par un soldat, il les confie aux deux femmes qui possèdent L'auberge de l'ange gardien.
La série des Arsène Lapin, de Pierre Coran et Mérel. Arsène Lapin résoud des énigmes de la forêt, et son expression préférée est "trèflebleu".

Quatre livres de mon adolescence
Papa longues jambes, de Jean Webster. Roman épistolaire à sens unique : l'héroïne, Judy, orpheline envoyée faire des études par la générosité d'un bienfaiteur qui veut rester anonyme, lui écrit régulièrement pour lui raconter son quotidien et ses progrès. Lui ne répond jamais. Elle l'a surnomé Papa Longues jambes car la seule fois qu'elle l'a entrevu, elle l'a trouvé grand et maigre, un peu comme un faucheux. Ses lettres sont pleines d'humour et de tendresse, j'aime toujours beaucoup.
Jonathan Livingston le goéland, de Richard Bach. L'histoire d'un goéland qui veut voler plus vite et plus gracieusement que les autres, qui ne volent que pour se nourir. Métaphore des apétits d'absolu qu'on peut avoir pendant l'adolescence, et un très beau livre de toutes façons.
La maladie de Sachs, de Martin Winckler. Un roman assez particulier mais que je trouve magnifique. De loin, on pourrait le décrire comme un médecin raconté par ses patients, mais c'est bien plus que ça : c'est, en fragments, tout un personnage étonnant de profondeur qui se dessine.
La belle de Fontenay, de Jean-Bernard Pouy. Un très bon polar. Une jeune fille est assassinée et celui qui décide de mener l'enquête est un vieil homme sourd qui communique par écrit (il ne sait pas parler et refuse d'apprendre la langue des signes).

Quatre livres de ma vie étudiante
Œdipe sur la route et Antigone, de Henry Bauchau. Je vous en ai déjà parlé .
La série des Malaussène, de Daniel Pennac.
A la croisée des mondes, de Philip Pulman. Difficile de raconter l'intrigue en quelques mots, allez les feuilleter dans la bibliothèque la plus proche si vous voulez vous faire une idée.

Quatre livres de ma vie récente
Extremely loud and incredibly close, de Jonathan Safran Foer (je vous en ai parlé ).
Making History, de Stephen Fry. Je vous en reparlerai plus longuement un de ces jours, mais il n'est pas traduit.
La série des Liveship traders (en français Le vaisseau magique) de Robin Hobb. C'est une série qui se passe entre les deux trilogies de L'assassin royal, avec d'autres personnages mais dans le même monde de fantasy. A Bingtown, on possède et vit de bateaux magiques : ils sont fait dans un bois spécial qui leur permet de devenir vivants. La figure de proue bouge et parle, et le vaisseau tout entier répond bien mieux à ce qu'on lui demande qu'un vaisseau de bois mort. L'histoire s'organise autour d'un de ces bateaux, Vivacia.
American gods, de Neil Gaiman. Un homme sort de prison et apprend que tout ce qui l'attendait, sa femme et son futur emploi, ne l'attend plus. Il se fait engager comme homme de main par un type mystérieux qui se fait appeler voyageur et a des pouvoirs étranges.

Quatre collections de BD
La guerre éternelle, de Marvano et Haldeman. Un magnifique roman de Joe Haldeman adapté en BD par Marvano. C'est une BD de SF, le héros est dans l'armée et fait la guerre aux extraterrestres, mais c'est une métaphore très claire de la guerre du Vietnam.
Les rubriques à brac, de Gotlib. Est-ce que ça a vraiment besoin d'être présenté ?
SOS bonheur, de Griffo et Van Hamme. Dans un futur proche, un état totalitaire contrôle entièrement les citoyens, ce qu'ils mangent, comment ils s'habillent, ce qu'ils pensent... La rébellion s'organise.
La Débauche, de Pennac et Tardi. Un de mes dessinateurs préférés avec un de mes romanciers préférés, ça ne pouvait donner qu'une très bonne BD.

Quatre écrivains que je relirai encore et encore
Daniel Pennac
Martin Winckler
Stephen Fry
Francis Dannemark

Quatre écrivains que je ne relirai probablement jamais
Amélie Nothomb. Je sais qu'elle est à la mode, mais elle me file de l'urticaire. Je trouve ses livres malsains et trop mal écrits. J'ai bien d'autres noms en tête, mais c'est vraiment une question de goût et je m'en voudrais de faire une mauvaise pub à des écrivains qui ne le méritent pas.

Quatre livres de ma Pile A Lire
La vie mode d''emploi, de Georges Perec
L'ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafòn
Moab is my washpot, de Stephen Fry
Chaque jour est un adieu, d'Alain Rémond

Quatre livres à emporter sur une île déserte
Alors là, je suis juste incapable de choisir !

Quatre fois quatre derniers mots d'un de mes livres préférés
Le problème, c'est que les derniers mots racontent souvent la fin, c'est un peu pour ça qu'on les met en derniers. J'espère avoir choisi quelque chose de pas trop compromettant. Les derniers mots de La Paix éternelle, de Joe Haldeman :
Nous nous sommes rassis et l'avons suivie des yeux un moment, la main d'Amelia serrée au creux de la mienne, tandis que le soleil desséchait le pain et les oeufs.
Nous restions seuls, tous les deux. Comme toujours.

Je refile la chaîne à qui la veut. 

Edit le 13/06/2007 : Arbobo et Djac m'ont fait l'honneur de répondre dans les commentaires. Les autres lecteurs sans blog ou à blog à thème autre que la lecture, n'hésitez pas à contribuer vous aussi !
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Vendredi 1 juin 2007
Voilà un bouquin que je n'aurais sans doute pas lu si on ne me l'avait pas conseillé. J'aime assez ce que j'ai lu de Nancy Huston (L'Empreinte de l'ange, notamment), et une soprane de ma chorale, qui m'entendait en parler, m'a conseillé Grâce et dénuement, d'Alice Ferney.

Le résumé n'a pas de quoi faire sourire. C'est l'histoire d'une famille de gitans. Angéline, la mère, règne sur ses cinq fils, ses quatre belles-filles et leurs enfants. Ils vivent dans des caravanes dans un terrain vague, sans eau courante, sans électricité. Les gosses poussent comme ils peuvent. Un jour arrive Esther. Esther a la quarantaine, elle a sa vie, son mari, ses enfants, mais elle ressent une envie irrépressible, celle de faire la lecture, d'offrir des histoires à ces enfants qui ont si peu.

Moi, c'est le genre de résumé qui me fait fuir. Entre l'extrême misère et la bonne samaritaine, il y a tous les ingrédients pour une soupe parfaite, non ? La soupe, c'est bon à boire, pas terrible à lire. Mais j'avais de la place sur ma carte de bibliothèque et ma copine soprane était enthousiaste. Je l'ai emprunté. Et dévoré.

Je ne connaissais pas du tout Alice Ferney, et franchement je lui tire mon chapeau. Écrire un roman sur un sujet aussi casse-gueule et s'en sortir avec, oui, avec grâce, sans sombrer dans le pathos ou l'angélisme, en restant en demi-teintes, comme ça, c'est quelque chose que je ne croyais pas possible. Ce roman est fait d'ombres et de lumière, comme un tableau flamand. La prochaine fois que je passe à la bibliothèque, je file au rayon des F voir si elle en a écrit d'autres aussi bien. Grâce et dénuement est disponible en poche chez J'ai lu mais aussi chez Actes Sud et Babel.
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