J'avais prévu de vous faire un post sur le résultat des élections hier soir. Je vous y aurais raconté ma soirée de dimanche où je n'étais pas chez moi. La dernière demi-heure,
interminable. L'espoir devant la télé de l'hôtel, CNN qui passait en boucle une image de Ségolène Royal, souriante, le présentateur qui parlait de militants qui affluaient avec des roses. La
frénésie des dernières minutes, où j'ai promis que si elle passait je me foutais la tête dans la fontaine toute proche. La déception alors qu'installée dans un bar, j'ai vu le résultat, et que
quelques minutes plus tard presque tout le monde a hué Ségolène Royal qui était là, toujours souriante pourtant. Le départ pour un petit pub où les visages disaient qu'on partageait un peu plus
mes opinions. La véhémence du serveur quand NS est apparu, qui m'a réchauffé le coeur. La nuit où je n'ai pas beaucoup dormi. Et la suite...
Tout ça je l'avais déjà écrit dans ma tête hier soir avant de manger. Mais quel intérêt ? Il parait que les blogueurs et lecteurs de blogs ont plutôt voté à gauche, je crois
qu'on a vécu des choses assez similaires dimanche soir. J'ai eu envie de laisser passer un peu plus de temps avant d'écrire là-dessus, et pour me changer les idées j'ai ouvert mon Télérama dans
le but avoué de trouver un programme télé à regarder. Il se trouve qu'hier soir, sur France 3, passait un excellent documentaire de Serge Moati, La prise de l'Elysée, sur toute la campagne,
dimanche compris (le montage a duré jusqu'à hier dans la journée). Edifiant.
Serge Moati a suivi la campagne de près, de très près. Les coulisses, si on peut dire. Il a filmé Le Pen lui-même (il a ses entrées au FN depuis son documentaire sur Le Pen) et
les lieutenants de Ségolène Royal, François Bayrou et NS. Comme il l'explique, pour cette campagne l'image des principaux candidats était verrouillée, ils voulaient la maitriser de A à Z. Si tout
est vrai (comment savoir, mais j'ai tendance à faire confiance à Moati) alors Le Pen a vraiment eu des problèmes pour trouver ses 500 signatures. Lui et Bayrou ont vraiment cru passer au deuxième
tour, lui un peu plus. Et dès que le résultat du premier tour a été annoncé, tout le monde se doutait bien de résultat du deuxième. On a voulu y croire, mais au fond de nous on savait quand même
que les chances étaient minces. Déjà, il y a des gens qui se laisseraient crever sur place plutôt que de choisir une femme comme président de la République. Ajoutez-y le PS qui n'a jamais fait de
vrai bilan après la catastrophe de 2002, la campagne qui a oscillé de tous les côtés, les éléphants qui attendaient la chute avec gourmandise (dimanche j'avais raté la réaction de DSK qui n'a pas
attendu une heure pour descendre Ségolène Royal, immonde), NS qui a réussi par un coup de baguette magique à se débarrasser de tout son bilan au gouvernement et les français qui au lieu de
s'intéresser au reste du monde se recentraient sur leur nombril... Pas besoin de faire un dessin, ceux d'entre vous qui ont suivi les émissions de TF1 (J'ai une question à vous poser) voient de
quoi je veux parler, chacun parlait de son petit problème, il fallait être handicapé pour s'intéresser à l'accessibilité et chômeur pour s'intéresser à l'emploi. Dingue, non ? J'ai mieux compris
le sourire de Ségolène Royal. 53%-47%, ce n'est pas si mal, vu le handicap avec lequel elle partait.
Le documentaire se termine en disant que le 6 mai, c'était la veille mais déjà l'histoire, et évoque le chiffre de participation qui a été, il est vrai, énorme. Serge Moati
parle de victoire de la démocratie. Je pense que ça dépend un peu de ce qu'on appelle la démocratie. J'ai poussé les gens à aller voter jusqu'au bout, d'abord parce qu'on ne sait jamais, et puis
pour ne pas regretter ensuite.
J'avais aussi prévu de vous faire un post complet sur ce qui pousse les gens à choisir de voter pour l'un plutôt que pour l'autre. Mais je n'ai pas le courage de me replonger
dans le sujet, et puis ce n'est pas plus mal de concentrer les idées dans un seul post. Je connais une personne qui hésitait entre voter blanc et voter NS, et qui a fini par choisir NS parce que
son enveloppe électorale contenait deux bulletins pour lui. Elle m'a dit que c'était un signe du destin. J'ai failli lui faire remarquer que le destin s'était incarné dans une main bien humaine
qui avait, par erreur ou pas, glissé deux bulletins NS au lieu d'un dans son enveloppe, mais le cadre ne permettait pas vraiment ce genre de discussion, dommage. Je sais que c'est un exemple
extrême, mais tout de même... A ce rythme-là, j'aurais dû voter José Bové au premier tour, puisque j'avais deux bulletins pour lui et pas un pour François Bayrou.
Je ne sais pas si c'est une bonne ou une mauvais chose. Il y aurait de quoi désespérer des français si on avait choisi consciemment ça plutôt que ça, ou ça plutôt que ça. Mais c'est à la fois plus complexe et
plus simple. Il y a la peur. Il y a l'égoïsme. Il y a le je-m'en-foutisme. Il y a les gens qui ont cru de bonne foi que NS pouvait sauver la France et que Ségolène Royal était une gourde
incompétente. Parmi ceux qui ont voté pour lui, peut-être que certains militeront quand il essayera d'appliquer son programme. On ne sait pas. Pour moi, je vais prendre les choses une à une, et
réagir quand ce sera nécessaire.
Dernière chose qui me tient à coeur. Quand les gens disent (et ils le disent beaucoup ces derniers temps) que notre vie au jour le jour ne va pas changer, je demande à voir.
Ceux d'entre vous qui ont fait refaire leur passeport récemment ont bien vu quel bazar c'était pour avoir une photo conforme : pas de sourire, rien sur le visage, les cheveux en arrière, pas de
capuche même sur les épaules... C'est un symptôme. Ceux d'entre vous qui n'ont pas la peau bien blanche ont vu les contrôles d'identité se multiplier sans raison. Si vous avez cliqué sur les
liens ci-dessus, vous savez ce qui s'est passé pour des familles qui vivaient en France et étaient pourtant intégrées. Vous savez aussi ce qui se trame pour la sécurité sociale. On parle d'une
franchise de 100 euros par personne et par an, au début : tous les budgets ne vont pas pouvoir encaisser ça. Il ne faut pas se voiler la face : si NS avait été président quand les USA sont partis
en Irak, l'armée française aurait suivi. Ce ne sont que des exemples, mais je crois qu'ils démontrent quand même que oui, une élection ça peut changer la vraie vie et pas seulement ce qui se
passe au-dessus de nos têtes.



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